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Ce qu’il faut voir ou pas cette semaine.

L’ÉVÉNEMENT

T2 TRAINSPOTTING ★★★★☆
De Danny Boyle

L’essentiel
Trainspotting est un commentaire ironique sur une pop culture en boucle sur elle-même.

Iggy Pop appelle ça la « Post Pop Depression ». C’est le titre de son dernier album, mais aussi, plus largement, un slogan censé résumer notre époque, ce monde post-Bowie où les icônes du XXème siècle tombent comme des mouches, où les hommages et les « RIP » émus saturent quotidiennement Facebook, où la pop culture passe son temps à contempler les vestiges de sa splendeur passée. En s’asseyant devant Trainspotting 2 (T2 pour les intimes), impossible ne pas entendre les réflexions philosophiques de l’Iguane bourdonner à nos oreilles. Déjà parce qu’Iggy Pop était l’une des grandes stars du premier Trainspotting, qui avait contribué à faire découvrir sa musique à une nouvelle génération au mitan des nineties. Ensuite parce qu’il y a quelque chose de fondamentalement étrange, has-been, hors-sujet, à remuer les glorieux souvenirs brit-pop de l’année 1996 (souvenez-vous : la rivalité Blur-Oasis ! Le New Labour de Tony Blair ! Kate Moss ! Les Spice Girls !) en pleine gueule de bois post-Brexit.
Frédéric Foubert

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PREMIÈRE A AIMÉ

PATIENTS ★★★★☆
De Grand Corps Malade et Mehdi Idir

Un biopic sur Grand Corps Malade ? Sur la manière dont Fabien Marsaud est devenul’incarnation du slam à la française ? Sur la création comme moyen de transcender la souffrance ? Rien de tout cela. Patients (même titre sec que le bouquin) ne sacrifie pas à la tendance de l’hagiographie filmée exhaustive – saupoudrée de masochisme suspect. C’est une vraie proposition de cinéma qui défend un point de vue et qui cherche la meilleure façon de le mettre en valeur.
Christophe Narbonne

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PAULA ★★★★☆
De Christian Schwochow

Connaissez-vous Paula Becker ? Cette peintre allemande fut carrément une des pionnières de l’art moderne avec ses tableaux fuyant l’académisme encore majoritaire au tournant du XXème siècle. Réalisateur du très beau De l’autre côté du mur, Christian Schwochow s’intéresse à l’émancipation de cette féministe -terme pas encore galvaudé- avant l’heure qui vécut une union assez libre, mais non réciproque, avec son mari, le peintre classique Otto Modersohn. Incapable de la retenir et de la comprendre, ce dernier vécut l’enfer auprès de celle qui partit faire de longs séjours en solitaire à Paris où elle collectionna les amants et fut à l’épicentre du bouillonnement artistique de son temps. Avec sa photo clair-obscur qui illustre métaphoriquement les tourments de l’héroïne et d’Otto, son choix de ne pas tenter de reproduire artificiellement l’acte créatif ou de privilégier les silences, Paula se présente comme un biopic factuellement classique mais narrativement audacieux, un La La Land de la peinture opposant académisme et modernité, passion et renoncement. Il est porté par l’incandescente Carla Juri, une révélation
Christophe Narbonne


PREMIÈRE A PLUTÔT AIMÉ

LOGAN ★★★☆☆
De James Mangold

Tous les voyants étaient au vert : pas de PG-13 imposé, un studio inquiet par la noirceur et la violence affichée du montage final, un script inspiré de Old Man Logan (le meilleur comics écrit par Mark Millar) qui place le mutant griffu dans une Amérique post-apocalyptique où les superhéros sont tous morts... Et, par-dessus tout, la promesse pour Hugh Jackman de dire enfin adieu à Wolverine, à un personnage qu'il incarne depuis dix-sept ans, depuis le premier X-Men de Bryan Singer. Pendant sa première partie, Logan semble bien prêt à accomplir tout ce beau petit programme.
Sylvestre Picard

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À CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS ★★★☆☆
D’Adam Smith

À ceux qui nous ont offensés mise beaucoup sur ses interprètes pour incarner, sur trois générations, la complexité des conflits au sein d’une famille de pieds nickelés plus ou moins sympathiques. Le grand-père, un patriarche illettré et fier de l’être (Brendan Gleeson), règne depuis son fauteuil de jardin sur une bande de gitans irlandais spécialisés dans le cambriolage des manoirs de la région. Son fils Chad (Michael Fassbender) est loyal, mais cherche à s’affranchir à la première occasion, comme en témoignent ses efforts pour donner à son propre fils (Georgie Smith) l’éducation que lui-même n’a jamais eue.
Gérard Delorme

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20TH CENTURY WOMEN ★★★☆☆
De Mike Mills

Nos habitudes de spectateurs sont tellement conditionnées par les séries télé qu’on regarde désormais de jolies chroniques à la 20th Century Women comme autant de pilotes pour d’éventuels feuilletons, des amorces de sagas au long cours. On soupçonne d’ailleurs le réalisateur Mike Mills d’avoir étudié de près les néo-soaps usinés par la télé câblée des années 2000, tout en feuilletant les pavés littéraires importants de l’époque (Les Corrections, de Jonathan Franzen en tête). Ça se voit dans son obsession du décor signifiant (la grande bicoque constamment en travaux où se déroule l’action, métonymie parfaite de la maison Amérique), de la punchline qui fait mouche, de l’hyper caractérisation des personnages: autour du héros ado, alter-ego du cinéaste, gravitent ici la copine au visage d’ange mais au comportement démoniaque (Elle Fanning), la wannabe artiste aux cheveux rouges comme Bowie (Greta Gerwig), le hippie à la moustache tombante (Billy Crudup), et la maman fumeuse à la chaîne (Annette Bening, en majesté) qui regarde ce petit monde tourner plus ou moins rond. Après avoir raconté la sortie du placard de son papa gay dans Beginners, Mills décrit ici son propre éveil féministe sur fond de déferlante punk-rock. Paradoxalement, on a rarement vu un film autant obsédé par les Clash et les Buzzcocks et dans le même temps aussi propre sur lui, bien élevé, politiquement correct jusqu’au bout des ongles. 20th Century Women ne veut pas vous bousculer, mais vous prendre dans ses bras, vous accueillir dans son petit nid douillet. Il y fait chaud. On s’y sent bien. C’est quand, l’épisode 2
Frédéric Foubert

LES OUBLIÉS ★★★☆☆
De Martin Zandvliet

On sort des Oubliés avec les jambes qui tremblent et la conviction qu’il y a encore des histoires incroyables à raconter sur la Seconde Guerre mondiale. En 1945, 2 000 soldats allemands, à peine pubères, furent attelés par le gouvernement danois au déminage de ses côtes... à main nue. La moitié d'entre eux furent mutilés ou perdirent la vie. Le film retrace le destin d’une quinzaine de ces gamins, chargés de désamorcer les 45 000 mines d’une plage sous les ordres du sergent Carl Rasmussen, un patriote qui finit par les prendre en pitié. Avec un art du suspense qui cloue au fauteuil, Martin Zandvliet aligne des séquences de déminage oppressantes et interminables qui feraient passer les exploits de Jeremy Renner dans Démineurs pour une cueillette de champignons. Au rythme des vagues et des beuglements du charismatique Roland Møller (Hijacking), le réalisateur danois nous invite dans le cauchemar d’ados empêtrés dans des costumes de guerre bien trop grands pour eux. Impuissants, on tremble et on meurt avec eux au milieu des dunes silencieuses. Même si sa mise en scène académique, puissante et lyrique (qui a tapé dans l’oeil des Oscars) l’amène parfois à la frontière du mélo héroïque attendu, Zandvliet filme la guerre à hauteur d’homme et la représente comme elle est : sale, imprévisible, injuste. Devoir de mémoire courageux, Les Oubliés regarde aussi le présent et questionne l’instinct de vengeance qui transforme les victimes en bourreaux, notamment lors de sa séquence d’introduction, d’une rare brutalité.
Mathias Averty

SAIGNEURS ★★★☆☆
De Vincent Gaullier et Raphael Girardot

Le bruit des machines. Assourdissant. Tout le temps. Et la difficulté de découper, saigner ou désosser des animaux qui luttent comme ils peuvent pour grappiller quelques instants de vie. Toujours à hauteur d'homme, jamais gore, ce documentaire est une plongée dans le quotidien des petites mains du marché de la viande. Des portraits de gens sous-payés, stressés et souvent atteints de troubles musculo-squelettiques quand ils ont le courage de rester assez longtemps. En face d'eux, une industrie qui tente de s'humaniser et de remettre (un peu) ses méthodes en question tout en tuant à la chaîne. Vous ne regarderez certainement plus votre steak haché de la même façon.
François Léger

Et aussi
Nuit noire de Daniel Colas
Panique tous courts de Vincent Patar et Stéphane Aubier
Personal Affairs de Maha Haj
Sous peine d’innocence de Pierre Barnérias
Tramontane de Vatche Boulghourian

Reprises
Priscilla folle du désert de Stephan Elliot
Le diabolique docteur Mabuse de Fritz Lang