Les Randonneuses TF1
TF1

Filmée au cœur des Hautes-Alpes, la série qui débute ce soir sur TF1 a mis ses six actrices et toute l'équipe à rude épreuve, comme nous le raconte la créatrice, Fanny Riedberger.

C'est une série rare dans le paysage télévisuel français. Une fiction qui ose s'attaquer au cancer, sans tabou, en montrant la force de la solidarité pour lutter contre la maladie. Dans Les Randonneuses, Clémentine Célarié, Camille Chamoux, Tiphaine Daviot, Joséphine de Meaux, Alix Poisson et Claire Borotra grimpent au sommet des Alpes pour retrouver le goût de vivre. Une expérience saisissante, racontée par Fanny Riedberger, la créatrice, que Première a rencontré lors du festival Séries Mania en mars dernier.

Où avez-vous tourné Les Randonneuses ? Vous êtes vraiment partis filmer dans les montagnes ?
Fanny Riedberger : Oui, on a filmé dans les Hautes-Alpes à Val-Cenis. Et les filles - comme les garçons d'ailleurs - ont vraiment beaucoup randonné ! Parce que comme toute scène, quand on filme une séquence de marche, il faut faire plusieurs prises. Donc elles refaisaient la rando encore et encore. Et puis certains passages étaient assez raides. Par exemple, on voit dans un épisode les filles franchir un pont de singes un peu vétuste, et qui donne sérieusement le vertige. Elles devaient réellement traverser ce pont-là ! Or, Joséphine de Meaux a un vertige maladif. Alors on avait envisagé de tourner son passage sur fond vert en post-production, mais elle a pris son courage à deux mains et elle l'a fait !

 Les Randonneuses série TF1
TF1

Comment avez-vous composé le casting avec ces six actrices, au cœur de l'histoire ?
Le casting choral, c'est quelque chose d'assez impossible à faire, surtout quand on tourne au beau milieu des vacances d'été, en essayant de recruter des femmes et donc des mères de famille... Il faut également conjuguer les envies des uns et des autres. Mais la dramédie, c'est de la dentelle et il fallait d'abord des actrices sachant vraiment bien jouer pour que ça marche. Alors j'ai beaucoup insisté là-dessus et après, on a formé une bande, un patchwork complexe. Les six actrices choisies (Clémentine Célarié, Camille Chamoux, Tiphaine Daviot, Joséphine de Meaux, Alix Poisson et Claire Borotra) ne se connaissaient pas ou peu. Alors j'ai pris le risque d'organiser un dîner entre elles, pour qu'elles se rencontrent juste avant de partir en tournage. Parce qu'après, elles allaient quand même passer six semaines ensemble en altitude !

Comment ça s'est passé du coup là-haut ?
Il y a eu pas mal de péripéties au début. Les filles sont montées très haut, elles ont affronté une tempête, elles étaient logées comme on pouvait, dans des petits chalets avec des petits lits. La cantine, c'était ce qu'on pouvait faire monter comme nourriture... C'était un tournage à la dur et la sororité a fonctionné, dans la vraie vie, entre ces actrices. Elles étaient fatiguées, elles ont eu froid et face à cette adversité, elles ont créé des liens.

C'est une série fondamentalement féminine d'ailleurs...
La série est écrite par des femmes, produite par des femmes, jouée par des femmes, mais c'est un pur hasard si la sororité ressort autant en vérité... Ce n'était pas vraiment ma volonté au départ. Mais j'ai envie de dire que cette solidarité s'étend petit à petit aux garçons - Baptiste Lecaplain, Maxence Danet-Fauvel et Lucien Jean-Baptiste - qui vont les accompagner et qui vont se montrer terriblement empathiques. Ils vont finir par former un groupe, avec aussi trois hommes, et c'est ensemble qu'ils grimpent en haut de ce sommet ! Ce n'est pas une série excluante où les hommes auraient le mauvais rôle.

 Les Randonneuses série TF1
TF1

Les Randonneuses parle de cancer frontalement, sans tabou. C'était votre ambition au départ ?
J'ai été confrontée à cette maladie, étant plus jeune. J'avais une vingtaine d'années et je me suis sentie très seule à ce moment-là. Je n'avais aucun référent, alors qu'en fait, on est presque tous touchés par ça, de près ou de loin. Mais à la télé comme dans la vie, il y a une sorte de tabou autour du cancer. On en parle peu finalement. Il y a comme une gêne, alors qu'il n'y a pas de honte à avoir face à cette maladie. On peut la vaincre et on n'est pas seul en vrai. Et je suis reconnaissante vis-à-vis de TF1 qui a osé prendre le risque d'en parler. J'avais envie de montrer cette solidarité féminine. Montrer qu'on peut gagner ce combat à plusieurs. Elles sont six et elles veulent tout dégommer !

L'idée, c'était aussi de parler de la maladie, sous tous ses aspects, et en contournant la tragédie, c'est ça ?
Dès le départ, j'ai opté pour une écriture à la Lost, où chacun des épisodes est consacré à une femme en particulier. C'est une structure très compliquée à mettre en œuvre, qui nécessite un équilibre permanent entre les flashbacks et le présent et aussi entre les actrices, pour que toutes soient servies dans les scripts. Et puis en plus, il faut assurer l'équilibre de la dramédie : il faut qu'on rigole, mais en même temps, on ne peut pas que rire, parce que sinon, on est dans la comédie pure et je ne voulais pas faire une comédie sur le cancer. C'est quelque chose que je ne saurais pas faire. Les Randonneuses n'est pas une comédie, mais un équilibre avec le drame.

Et comment avez-vous pensé les flashbacks, qui nous font découvrir la vie des 6 héroïnes, dans leur quotidien ?
C'est une formule qui permet de revenir explorer leur passé, leur vie, et tout un tas de sujets liés à la maladie. Parce que le cancer, ce n'est pas qu'une maladie qui tue. C'est une maladie qu'on peut combattre et vaincre et qui peut chambouler totalement. Il y a des gens qui ont été transformés après avoir battu la maladie. Et puis il y a l'impact que cette maladie provoque sur l'entourage. Il y a la manière dont elle bouleverse la sexualité. La manière dont la société du travail perçoit et reçoit les femmes malades. Cette écriture nous a permis de toucher à tous les sujets, pour faire un panel des événements collatéraux liés au cancer, ce dont on ne parle que très rarement. Je fais aussi de la télé pour montrer des vrais gens et offrir des référents aux spectateurs.

Les Randonneuses TF1
TF1 / Fédérations Production

À l'origine, c'est l'association "Des Sommets pour rebondir", qui vous a donné envie de faire la série ?
Oui, j'avais vu un petit reportage de trois minutes, dans un journal télévisé qui parlait de cette association. Il y avait ces femmes, pleines de vie, lumineuses, qui m'ont donné l'envie de raconter une série autour de femmes atteintes d'un cancer, même si l'association, en réalité, est destinée aux femmes en rémission, qui ne sont plus sous traitement. Ce qui n'est pas le cas dans notre fiction. Mais on a pris contact avec les gens de l'association et ils ont bien voulu collaborer avec nous. On a pu échanger et elles nous ont expliqué comment le dépassement de soi fait partie du processus de guérison finalement.

Les Randonneuses, malgré son titre, n'a aucun rapport avec le film Les Randonneurs de Philippe Harel ?
Ca s'appelait Six femmes au sommet au début. C'est un titre qui me tenait à cœur, parce que c'était lié à l'association. Mais au fur et à mesure du développement, la chaîne a eu la crainte que la série ne soit perçue que comme un drame. Parce qu'on parle de cancer. Ils souhaitaient que le titre fasse passer le message d'une fiction "feel good", joyeuse. Ce qu'est la série d'ailleurs ! Et ils ont donc préféré l'appeler Les Randonneuses, qui fait un peu écho à la comédie de 1997.

Les Randonneuses, en 6 épisodes, à voir à partir de ce lundi 15 mai, sur TF1.