GALERIE
Le Pacte

Rencontre avec l’héroïne des Cinq diables, le deuxième long de Léa Mysius, qui est passée par une audition pour décrocher le rôle.

Comment se passe votre arrivée sur Les Cinq diables ? Léa Mysius vous a proposé directement le rôle ?

Adèle Exarchopoulos : Tout d’abord, j’avais vu et adoré Ava où apparaissait déjà le rapport au fantastique de Léa, même si les deux films sont différents. Pour Les Cinq diables, elle a demandé à me rencontrer. Et à ce premier rendez- vous, elle m’a raconté son film - l’histoire de cette petite fille étrange et solitaire qui a le don de sentir et reproduire les odeurs de son choix qu’elle collectionne dans des bocaux – et le personnage qu’elle envisageait pour moi – la mère de cette enfant qui lui voue un amour si exclusif qu’il en devient maladif – avec une incroyable limpidité, y compris dans les aller- retour entre présent et passé que ce récit impliquait. Puis elle m'a demandé si je voulais bien passer des essais avec sa directrice de casting Judith Chalier pour confirmer son envie de travailler avec elle et voir si ce qu’elle avait projeté sur moi correspondait au rôle tel qu’elle l’avait écrit. Et évidemment, j’ai accepté. Je n’ai aucun souci avec l’exercice de casting. Je trouve même ça rassurant : il permet de voir si on part bien sur les mêmes bases, si on a bien le même film en tête. Je continue à en passer, comme pour Mandibules de Quentin Dupieux, et à en rater aussi ! (rires) Je me souviendrai toute ma vie des mots de Christoph Waltz dans les coulisses du festival de Cannes juste après la Palme d’Or pour La Vie d’Adèle, décerné par le jury dont il faisait partie. Quand il s’est avancé vers moi, je m’attendais à ce qu’il me dise un truc trop gentil mais il me lança : « Si je n’ai qu’un truc à te dire, c’est : travaille ! » Et il avait raison ! Dans le cas des Cinq diables, ces essais n’ont en tout cas fait que confirmer notre envie de travailler ensemble avec Léa.

Quelle était la spécificité du travail sur ce film ?

D’abord le rapport au corps de mon personnage. Elle a fait de la gymnastique dans sa jeunesse avec une forme de liberté et d’insouciance avant de devenir une mère pas forcément heureuse et épanouie. Il y a donc eu tout un travail physique préparatoire sur ce qu’on anesthésie dans son corps quand on grandit en vivant des échecs, des regrets… Jouer dans Les Cinq diables c’est aussi se glisser dans cet univers singulier qu’a imaginé Léa où le fantastique côtoie le quotidien. Et pour cela, j’ai pu compter sur ce génie qu’est Paul Guilhaume à la lumière. Autant humainement qu’artistiquement, j’ai rarement vu un chef opérateur aussi doux, surimpliqué, hyper- sensible, profond, drôle. Enfin, ce film offre aussi la possibilité de travailler avec des acteurs non- professionnels. Face à eux, quelle que soit la préparation que tu as pu faire, c’est le présent qui compte. C’est à toi de t’adapter

Qu’est ce qui vous a le plus frappé chez Léa Mysius sur le plateau ?

Sa simplicité désarmante. Ses directions sont droites, limpides. Aucune grande théorie, aucune grande leçon, le tout associé à une grande fantaisie. Même s’ils font des cinémas différents, elle me fait beaucoup penser à Quentin Dupieux.