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Le festival de Toronto ouvre ses portes. Première claque avec The RaidLa 36ème  édition du TIFF (Toronto International Film Festival) a ouvert ses portes. Depuis sa création en 75, le Tiff est toujours une association à but non lucratif qui se donne pour mission de « changer la façon dont les gens voient le monde grâce au cinéma ». Mais aujourd’hui, sa principale vitrine - le festival du film - a pris des proportions telles (pas moins de 400 films sélectionnés) qu’il est devenu un rendez-vous incontournable. Les distributeurs et sélectionneurs du monde entier viennent y faire leur marché, tandis que le public se gave des films programmés pour les six prochains mois. Les tendances s’y dessinent, tous les genres et tous les formats y sont représentés, depuis le blockbuster de studio au plus indépendant des films indonésiens, du documentaire au film expérimental. On peut aussi commencer à y faire des pronostics pour les prochains oscar.Cette année, le festival s’ouvre pour la première fois de son histoire avec un documentaire : From the sky down, de Davis Guggenheim, montre U2 en train de répéter aujourd’hui les titres de leur album Achtung baby, 20 ans après  son enregistrement. En fait, il s'agit d'un docu sur le parcours du groupe, avec des images d’archives commentées par les différents membres. Les fans sont les mieux placés pour apprécier, mais le film permet aussi de mesurer les performances considérables des salles de projection super équipées.On enchaîne avec The Killer Elite, de Gary Mckendry, un thriller très classique sur un groupe de tueurs professionnels et les complications qui leur retombent dessus à la suite d’une affaire fumeuse entreprise par les SAS britanniques (c’est inspiré d’une histoire vraie). Tous les ingrédients nécessaires sont là : flingages, courses poursuites, évasions, trahisons, jusqu’à la fille très belle qui attend patiemment à l’autre bout du monde que le héros décide de raccrocher, ce qui n’es pas censé arriver : « tu veux en finir avec le métier de tueur, mais le métier n’en a pas fini avec toi » ! C’est amusant, mais ça se résume à un concours de celui qui a les plus grosses couilles entre Jason Staham, Robert De Niro, Clive Owen et quelques autres.The Killer Elite est du jus de concombre à côté de The Raid de Gareth Huw Evans. Attention : on vous parle d’une découverte comme on n’en trouve qu’une fois tous les dix ans, et encore. Même Ong Bak paraît anecdotique à côté. Le prétexte est simple : à Djakarta, un commando de flics lourdement armés (façon GIGN) s’apprête à prendre d’assaut un immeuble intégralement aux mains d’une bande de  trafiquants de drogue. Tous les occupants sont des junkies ou des gangsters. Très vite, les flics sont piégés dans l’immeuble, et étage par étage, pièce par pièce, ils sont éliminés avec une brutalité extrême. L’ambiance rappelle un mélange de L’aube des morts vivants et d’Assaut, avec une forte dose d’arts martiaux : ici, les armes automatiques font vite place aux armes blanches, de préférence la machette, mais les combattants aiment par dessus tout l’art martial local, où tous les coups sont permis. En tant que genre, l’heroic bloodshed avait pris ses lettres de noblesse avec John Woo et son interprète Chow Yun Fat. Depuis, jamais le flambeau n’avait été aussi dignement repris que par le Gallois Gareth Huw Evans et le phénoménal Iko Uwais. Pour terminer, un drame australien, Burning Man de Jonathan Teplitzki. Le début, un montage frénétique de scènes ultra courtes, couronnées par un bel accident de voiture filmé avec une caméra embarquée, est incompréhensible. Longtemps après, on réalise que le personnage principal est perturbé après la mort de sa femme, emportée par un cancer, et que le montage haché est censé témoigner de sa confusion mentale. Mais on a du mal à comprendre qui est qui, quand les choses ont lieu, le passé, le présent et même l’avenir se confondant puisque le personnage a des prémonitions ! Et lorsque les pièces du puzzle finissent par s’assembler, le film est loin d’être fini, et se traîne péniblement vers sa triste conclusion, malgré une photo léchée qui attire un peu trop l’attention sur elle.