Teenage paparazzo The Austin power

22/02/2011 - 16h44
Teenage paparazzo
En traquant Austin Visschedyk, improbable paparazzo de 14 ans, Adrian Grenier réussit un doc saisissant sur l'industrie du vide.

Austin Visschedyk ressemble à un ado surdoué et attachant dans un film de steven spielberg. Armé d'un appareil photo à 6000 dollars, ce gamin de 14 ans se faufile au milieu des paparazzi pour shooter les stars.La première qu'il a réussi à mitrailler est Adrian Grenier, héros de la série Entourage, qui pense croiser un jeune fan mais s'étonne de son professionnalisme et de son matériel. «Mais qui es tu ?», lui demande interloqué l'acteur. «Un paparazzo». Bluffé par l'aplomb du bonhomme de 14 ans, l'acteur décide de s'intéresser à lui comme à un people et démarre un projet documentaire : Teenage paparazzo. Le film épouse d'abord le rythme hystérique de la vie d'un chasseur de star : Austin qui mitraille Lindsay Lohan, Austin qui attendrit Michelle Rodiguez et charme Eva Longoria, Austin sur sa trotinette filant dans Hollywood où il a grandi, excité par la perspective de croiser des stars depuis qu'enfant il a croisé Paris Hilton au Spa où se rendait sa mère.« Les ados ne sont-ils pas censés vivre des aventures ?», s'interroge l'acteur pour tenter d'expliquer le goût de l'adrénaline qui motive le plus jeune paparazzo du pays. Nourrir notre appétit pour les histoiresEssayant de comprendre comment Austin parvient à évoluer dans un milieu de squales, Adrian Grenier réussit aussi bien un doc sur l'adolescence qu'un portrait naturaliste de la profession de paparazzo.Des types qui tentent de payer leur facture en dormant dans leur bagnole plutôt qu'en lavant celles des autres. Qui nourrissent moins une fascination qu'une forme de mépris pour ces stars qui voudraient que les lumières s'allument uniquement quand ils l'ont décidé, comme au temps des grands studios hollywoodiens des années 1950. « A l'époque les studios fabriquaient les stars , il n'y avait aucune histoire en dehors de celles qu'ils voulaient vous raconter» indique un universitaire spécialisé en histoire du cinéma.L'industrialisation de la célébrité provoquera l'invention permanente de nouvelles vedettes et l'inflation du nombre d'histoires nécessaires au renouvellement de notre désir "voyeuriste". Car tout est là : nourrir sans cesse notre appétit pour les histoires et notre envie de les partager. Adrian lui-même se laissera photographier avec Paris Hilton pour voir s'il peut lui aussi inventer une histoire reprise partout - et devinez quoi ? Ca marche.La relation para-sociale aux peoplePar le truchement du storytelling people, nous entretiendrions une relation para-sociale avec les célébrités. Nous les connaissons sans qu'ils nous connaissent et pouvons projeter sur eux nos fantasmes. Comme ces adolescentes qui finissent par remplacer les photos de leurs stars préférées par les leurs sur de fausses couvertures de magazines. Car c'est là le pouvoir magnétisant de Teenage paparazzo : au-delà de son stricte propos, le film est un saisissant cliché de l'époque. Arpentant en trotinette la ville la plus fake du monde à la recherche de qui il est, Austin figure ce que nous sommes tous devenus depuis que nous nous focalisons sur les people : des ados qui vivent par procuration, uniquement excités par la vie fantasmée de ceux que nous voudrions être. Austin qui ne fréquente aucun club, ne participe à aucune des activités des enfants de son âge et traine dans des magasins de matériel photographique ou avec des semi-loubards de 20 ans ses ainés. Ses parents aisés lui paient sa scolarité à domicile. Sa mère qui intervient régulièrement est un peu dépassée par les événements mais fascinée aussi par le talent et l'énergie de son fils. Tout le monde filme mais il n'y a plus rien à filmerConscient de son rôle finalement négatif dans la vie du gamin qui devient petit à petit une vedette sous l'oeil de sa caméra, Adrian Grenier éprouve un sentiment galopant de culpabilité : lui-même n'est devenu célèbre qu'en interprétant le rôle d'un acteur célèbre avec lequel ses propres fans le confondent en permanence. Un acteur devenu star en simulant la célébrité traque un jeune aspirant people qu'il "pipolifie" en retour. Mise en abime vertigineuse au sein de l'industrie du vide, Teenage paparazzo atteint son paroxysme quand Grenier filme Austin en train de photographier son pote Blaine, lui aussi paparazzo filmé par une équipe qui fait un documentaire sur lui. « Tout le monde filme tout le monde mais il n'y a rien à filmer ».Un an plus tard il retourne voir Austin, qui a décidé d'aller à l'université et refuse une téléréalité qui se proposait de le filmer toute la journée.« Je suis venu pour te proposer que nous devenions amis ».La seule façon d'y parvenir, on s'en doute, sera d'appuyer sur le bouton off de la caméra.

Par Daniel De Almeida

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