
Dans un Paris crasseux de 1871, Vera fête ses 35 ans et la fin de sa carrière de prostituée au Paradis, une maison close select tenue par Hortense, son amante. Pour quitter définitivement le Paradis, Vera a trouvé le baron Du Plessis, noble fortuné prêt à racheter sa dette. Car dans les maisons closes de Paris, la maîtresse des lieux récupère le prix des passes et les filles vivent à crédit, n'ayant que les cadeaux des clients réguliers pour s'acheter vêtements, cigarettes, parfums La tenancière tient à jour la dette de chaque résidente dont seul ce rachat peut les sortir. Rose, jeune demoiselle qui va bientôt se marier, est à la recherche de sa mère, peut-être Vera ?, et tente de s'introduire au Paradis. Un rabatteur l'invite à entrer et la vend à Louise, la sous-maîtresse, qui la contraint à devenir l'une des filles de la maison.De l'ancien voulu moderneTournée en décors naturels, au Portugal, dans un véritable palais, avec des costumes somptueux et un budget de 12 millions d'euros, {Maison Close} est l'événement de la rentrée sur Canal+. Première pour la chaîne cryptée, c'est une série d'époque mais {« avec une très grande modernité dans la réalisation »} explique Rodolphe Belmer, directeur de Canal+. Aux commandes de six épisodes sur huit, Mabrouk El Mechri, le réalisateur de {JCVD}, joue avec audace d'une ambivalence entre l'ancien et le contemporain, un style un brin maniéré parfois - on pense au {Marie-Antoinette} de Sofia Coppola, notamment avec l'utilisation d'une musique type ambiance de boîte de nuit, un brin anachronique, ou encore la multiplication des fondus enchaînés dans le palais. Mais Mabrouk s'en défend : {« il ne s'agit pas de provoquer, l'idée s'impose d'elle-même en regardant les images »}. Ça ne marche pas à tous les coups, mais la démarche a le mérite de l'originalité.Le script suit un peu le même mouvement, on dépoussière la langue, comme l'explique Fabrice de la Patellière, directeur de la fiction à Canal : {« l'idée d'une série dans un bordel en 1870 à Paris nous a enthousiasmés, la vraie difficulté c'était de s'écarter du dix-neuvième siècle tel qu'on le voit à la télévision. On a voulu renouveler complètement la manière dont on regarde cette période à l'antenne. On a cherché à s'affranchir de la tradition littéraire des grands romans »}. Une réussite : rarement les dialogues d'une série n'ont été à ce point naturel. Les actrices principales sont irréprochables : Anne Charrier (Véra) et Valérie Karsenti (Hortense) mais également Jemina West (Rose) et Catherine Hosmalin (Marguerite, la sous-maquasse) réussissent à nous immerger dans le monde de {Maison Close} en un clin d'oeil. Car on entre très vite dans le vif du sujet : peu de scènes explicatives et une première séquence particulièrement crue qui nous place tout de suite au coeur du bordel.Du sexe quand mêmeD'ailleurs, on n'a quand même pas pu s'empêcher de trouver que Canal+ avait une fâcheuse tendance à lorgner sur les projets autour du sexe : {Maison Close} arrive après {Hard} (série sur l'univers des films pornographiques), {Mes Chères Études} (une jeune fille se prostitue pour payer la fac), {Pigalle, la Nuit} (un homme recherche sa soeur strip-teaseuse) Ça fait beaucoup ! {« Hasard du calendrier »}, répond Fabrice de la Patellière {« c'est plus un concours de circonstance et ce n'est pas une volonté : le projet a mis trois ans à voir le jour »}. Allez, Fabrice, reconnais-le : une série en costumes dans l'univers de la boucherie, tu ne l'aurais pas signée ! {« Mais aucune de ces séries n'est vraiment sur la sexualité, et ce qui nous a séduit dans Maison Close, c'est la promesse de personnages originaux. Ici ce sont de vrais héroïnes, c'est une série avec presque essentiellement des femmes. Il y a le côté provocateur, c'est vrai, mais on cherche surtout des sujets difficiles et où on est les seuls à aller : le bordel dans les années 1870 personne d'autre n'y va, mais ce n'est pas le côté graveleux que l'on explore et si on ne vient que pour le sexe, on est vite déçu »}.L'analyse est juste : malgré des scènes explicites, l'histoire va bien au-delà et on s'intéresse vite au quotidien de ces femmes, auquel s'ajoute une atmosphère victorienne de décadence, de meurtres et de rebondissements scénaristiques prometteurs. Les deux premiers épisodes sont enthousiasmants et on attend avec impatience la diffusion à l'antenne prévue pour octobre prochain.© Vincent Flouret / Canal+