Mad Men saison 3 Amérique année zéro

20/09/2010 - 20h42
  • 0
Mad Men saison 3
Touchée par la grâce, la saison 3 de Mad Men fait entrer ses personnages dans une nouvelle ère et révolutionne même ses propres codes. Pour les Etats-Unis, comme pour Mad Men, il y aura un avant et un après Kennedy.
Voici 4 raisons de regarder la saison 3 de la grande série d'AMC.

- En images : si les Mad Men avaient été françaisUn scénario en bétonRéputée pour l'élégance de ses costumes, pour sa méticuleuse reconstitution des années 1960 ou pour sa quantité de cigarettes fumées et de whiskys ingurgités, la série {Mad Men} bénéficie surtout d'une brillante écriture. Si les images créent un tel plaisir, c'est parce qu'elles viennent appuyer un scénario particulièrement soigné. Après une saison 1 qui introduisait les enjeux de la série et détaillait le mystérieux passé de Don Draper, puis une saison 2 qui contemplait avec langueur les doutes et errances des protagonistes, la saison 3 se présente d'emblée comme celle de la mutation. Sur le plan professionnel, l'agence publicitaire Sterling Cooper, qui a été rachetée par une compagnie anglaise, perd son autonomie et subit une violente vague de licenciements. La mondialisation est déjà en marche, les Britanniques importent de nouvelles méthodes de management et l'exigence d'efficacité prend le pas sur les individus, bridant le génie créatif de Don Draper. Ce sentiment de mutation va peu à peu s'étendre à la société américaine toute entière, et les personnages de Don, Betty, Joan, Peggy ou Pete devront se positionner face à ces changements, autant au niveau intime que professionnel. L'écriture se pare donc d'un dynamisme nouveau, perceptible dès le premier épisode de la saison (qui offre à Don et à Salvatore une énergique virée à Baltimore, riche en découvertes). A mesure que le récit avancera, la série va remettre en cause les codes développés dans les précédentes saisons, jusqu'à une déflagration finale, qui impose à {Mad Men} un nécessaire changement. La mutation se trouve tellement au coeur de la saison 3 qu'elle finira donc par agir sur l'esthétique de la série, qu'on croyait pourtant éternellement figée dans les mêmes décors.La dimension historiqueDans la lignée des saisons antérieures, {Mad Men} fait entendre les bruits de l'Histoire en marche (l'élection présidentielle de 1960 entre Kennedy et [people=richard nixon]Nixon[/people_restrictif] servait de toile de fond à la saison 1, tandis que la crise des missiles de Cuba - automne 1962 - hantait la fin de la saison 2). La saison 3 intègre encore davantage l'Histoire à sa narration ; il faut dire que l'année 1963 constitue une année charnière pour les Etats-Unis, puisqu'elle s'achève par l'assassinat de John Kennedy le 22 novembre. Avant cela, on entend à plusieurs reprises de jeunes gens évoquer le conflit du Vietnam (qui n'en est alors qu'à ses prémices), on suit de loin la marche pour les Droits civiques du 28 août - Don et Suzanne (la belle institutrice) écoutant à la radio un fragment du « I have a dream » de Martin Luther King - et on a même droit à une analyse de Betty Draper sur l'assassinat des quatre filles noires de Birmingham par le Ku Klux Klan. Mais {Mad Men} assume également son rapport au réel en invitant l'hôtelier Conrad Hilton (l'arrière-grand-père de Paris Hilton, si si), qui devient un personnage central de la saison 3 et entretient avec Don un surprenant rapport père-fils. La présence de ce caractère fantasque, qui affirme que son {« but dans la vie est d'offrir l'Amérique au monde entier »}, crée un habile dosage entre réalité et fiction.L'ambivalence du tonPlus que le portrait d'une époque, {Mad Men} offre avant tout un regard unique sur la comédie humaine (Balzac est d'ailleurs cité à deux reprises dans la saison 3) et développe une tonalité envoûtante, faite de décontraction, de cruauté et d'humour. De ce point de vue, la saison 3 est sans doute celle qui mélange les tons avec le plus d'euphorie et d'inspiration. L'épisode 3 offre d'ailleurs un véritable manifeste esthétique : contraints de passer le week-end au bureau, Peggy et Paul fument de la marijuana avec deux complices et c'est l'épisode tout entier qui se met à planer ; les frontières s'estompent et les différents lieux de l'action (le mariage de Roger Sterling en pleine campagne, ou le repas organisé chez Joan) semblent communiquer entre eux. De fait, {Mad Men} ne cesse d'abolir les frontières entre drame et comédie, entre classicisme et modernité, entre environnement public et sphère privée, entre amour et haine, entre rivalités et admirations. L'humour noir est lui capable de pointer son nez à n'importe quel moment, comme durant l'incroyable épisode 6, où une tondeuse à gazon sème la terreur dans les bureaux de Sterling Cooper. Féroce mais toujours détendue, seule {Mad Men} pouvait ainsi cultiver l'horreur en mode zen. Parfois à la lisière du fantastique (voir la séquence où Sally Draper conduit une voiture du haut de ses 9 ans, encouragée par son grand-père inconscient), la saison 3 propose un puissant réservoir de sensations en tous genres. Jusqu'au bout, Matthew Weiner (créateur de la série) refuse de choisir une tonalité plus qu'une autre : le dernier épisode, traversé par des évènements à haute teneur dramatique, joue la carte de l'humour jazzy et du rythme enjoué, refusant de crouler sous le poids de la mélancolie. Les forces contradictoires habitent sans cesse {Mad Men}, dont le regard est constamment tourné vers le cinéma. La saison 3 cite par exemple {Chantons sous la pluie}, {Voyage en Italie} (voir l'escapade romaine de Don et Betty dans l'épisode 8) ou {Casablanca}, et les fulgurances de tons ne paraissent pas étrangères à cette fascination pour le septième art.Sous la froideur, l'émotionSi la saison 3 distille une émotion encore jamais atteinte par {Mad Men}, c'est que chaque personnage se trouve à un tournant de son existence. Héros de la série, Don Draper a jusque-là toujours agi en fantôme, hanté par son passé et obsédé par la volonté de se préserver. Mais les sombres évènements de l'automne 1963 vont l'obliger à briser l'armure et à abandonner son identité de spectre. S'il fait preuve durant toute la saison d'une froideur mortifère envers Peggy, Don va ainsi s'ouvrir à elle dans le dernier épisode. L'étrange relation entre le publicitaire et son ex-secrétaire se mue alors en un rapport frère-soeur, que les deux acteurs (Jon Hamm et Elizabeth Moss), au bord des larmes, rendent bouleversant. Comme Betty, la blonde hitchcockienne qui redécouvre le vertige d'être courtisée, ou Joan, la super-intendante qui cherche à faire mûrir son chirurgien de mari, Don prend conscience qu'il faut construire quelque chose sur les ruines du passé. La mort de Kennedy a provoqué une déchirure sans précédent – que Barbet Schroeder filme admirablement dans l'épisode 12 - et c'est un monde entier qui s'écroule, poussant les personnages à puiser une force nouvelle au plus profond d'eux-mêmes. En seront-ils tous capables ? C'est la question que pose la fin de la saison 3. Les trois derniers épisodes forment en tout cas un ensemble d'une étincelante beauté. Chaque épisode s'achève par une touchante chanson, qui illustre à merveille le destin des personnages : « Where is love ? » - extrait de la comédie musicale {Oliver !}, adaptée des {} et jouée à Broadway en 1963 - épouse la complainte de l'orphelin Don Draper. « The End Of The World », de Skeeter Davis, intensifie la détresse causée par l'assassinat de Kennedy. Enfin, « Shahdaroba », du grand Roy Orbison, conclut magnifiquement la saison 3, en propulsant Don Draper vers de nouvelles contrées.{ Mad Men } Créée par Matthew WeinerAvec Jon Hamm, January Jones, Elizabeth Moss, Christina Hendricks, John SlatterySaison 3 à partir du 16 septembre à 22h10 sur Canal+

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • « La gauche Converse a-t-elle pris le pouvoir ? »
  • Madonna, star maudite du cinéma
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship