
Les modes de consommation des séries ont changé. L'amateur de séries n'est plus téléspectateur mais dévore d'une traite des saisons entières, au lieu d'attendre sagement l'épisode hebdomadaire diffusé par la chaîne. Ce phénomène a un nom anglosaxon, le "binge television". Et mine de rien, il commence à remettre en cause le processus de production...
"La meilleure façon de commencer une série, c'est de la regarder rapidement et d'une traite", estime un article de Wired qui a récemment fait l'éloge de la pratique. Le spectateur veut plus, plus vite. Dans le jargon des amateurs de séries, on parle de marathon. Et en France, Canal Plus n'est guère que la seule chaîne à avoir tenté l'expérience sur son antenne, en diffusant à la suite les épisodes d'une saison de 24h chrono ou de Desperate Housewives (on pourrait citer le marathon de Bref diffusé pour le nouvel an, mais il ne durait que 35 minutes).
24h est un peu le modèle de la série parfaite pour illustrer ce nouveau mode de consommation, apparu avec la multiplication des séries feuilletonnantes... et des nouveaux modes de diffusion, à travers le téléchargement ou la Vidéo à la demande. Outre-Atlantique, Netflix l'a bien compris. Le 6 février, la plateforme de diffusion va mettre à disposition d'un coup d'un seul les huit épisodes d'une production originale, Lilyhammer. Le service de VOD donne un grand coup de pied dans la fourmilière en s'immisçant dans la production, et de cette manière.
En France, les acteurs de la VOD n'en sont pas encore là mais commencent à s'y pencher pour conserver leurs parts de marché. Canal Plus a fait évoluer son service Canal Play en proposant de la VOD illimitée pour 9,99 euros par mois et sans engagement avec Canal Infinity. La chaîne cryptée place ses pions sur le marché de la VODS (vidéo à la demande par abonnement) avant l'arrivée attendue de Netflix, qui a précisément la volonté de toucher le marché européen en développant des séries comme Lillyhammer. Netflix a ouvert le 9 janvier dernier des succursales au Royaume-Uni et en Irlande et envisagerait de poser un pied dans l'hexagone. TF1 et M6 songeraient d'ailleurs à conclure une alliance pour contrer le géant américain. Sans parler de l'arrivée prochaine de Google TV et de l'Apple TV du côté de la marque à la pomme.
Dans son analyse, Wired trouve bien des avantages à cette consommation de masse et considère que regarder une série en vase clos, seul face à son écran, stimule la proximité du spectateur avec Jack Bauer et autres Olivia Dunham (Fringe). Pour Daniel Zelman, créateur de la série Damages, interrogé par le magazine, "vous vous mettez à imiter le personnage principal, parce qu'il ne prend pas de pause et vous non plus. Leurs problèmes deviennent alors vos problèmes". Seulement la pratique pourrait bien pousser les scénaristes à penser plus, plus vite, dans un souci de rentabilité.
Pour le spectateur, cette consommation intensive a ses inconvénients, en plus de mettre en péril toute vie sociale. Tout regarder d'une traite n'est pas préjudiciable à une série plus exigeante, qui demande plus de recul ? Et puis, regarder une série en une seule fois permet de débusquer plus facilement des incohérences scénaristiques ou des intrigues bouche-trous. Il y a un autre danger, note le Los Angeles Times : que les producteurs et scénaristes soient tentés de raconter une histoire sans fin...
Via Wired & Los Angeles Times
Par Jonathan Blanchet Follow @joblanchet
1 parodie Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
2 justice Al Qaïtarte : un procès dadaïste
3 art Van Gogh, Dali et Picasso disséqués
4 Supercut Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse