LaQuestionDeLaFin : du LOL à la télé, même combat ?

19/09/2012 - 16h13
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Le collectif 10 Minutes à perdre, fétichiste de Will Ferrell et du Saturday Night Live, passe du web à la télé pour injecter une dose de LOL dans le Grand Journal de Canal Plus. Défi relevé par Baptiste Lorber, le chef de bande et Carl Watts, son producteur. Rencontre dans leurs locaux de Worldwide Zboub Productions.

Le Zboub vaincra, même à la télé ? 10 Minutes à perdre, pourvoyeur de sketches web décalés (que Fluctuat avait interviewé en 2010) tente depuis la rentrée d'imprimer sa marque dans la petite lucarne. Tout à la fois média, collectif artistique et univers qui se réclame de l'acteur Will Ferrell et du réalisateur/producteur Judd Apatow, le site et ses membres sont arrivés sur Canal Plus fin août, en prenant la suite de Bref et du SAV d'Omar & Fred dans le Grand Journal. Leur nouvel espace d'expression : #laquestiondelafin, une pastille de deux minutes où une partie du collectif (Baptiste, Grandpamini et James Darle) tente de répondre à une question existentielle.

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Funny or Die + Objectif Nuls

Un mois après son lancement, l'équipe commence à sortir la tête de l'eau (et des journées de tournage de 12h). De tous leurs potes du web, Baptiste et sa bande font partie des premiers-nés des amuseurs du web à s'imposer sur une chaîne généraliste, soit-elle à péage, avec leur style bien à eux. Pour Baptiste, 10 Minutes à perdre "ne vit pas les choses de la même manière que les autres gens du web. C'est comme Valérie Damidot et Denisot, Jamel Debbouze ou Anne Roumanoff. C'est deux trucs différents".

"On n'est pas allés se chercher une image web en prenant des espaces sur YouTube ou Dailymotion", poursuit Carl Watts, producteur pour Worldwide Zboub Productions, la petite entreprise que Baptiste a créée au lancement du site. En 2010, il fonde 10minutesaperdre.fr, qu'il positionne comme le "Funny or Die" français (du nom de la plateforme lancée par Will Ferrell et Adam McKay outre-Atlantique), où l'on retrouvera bientôt un best-of déjanté du web et du contenu maison qui fait parler de lui.

Deux ans et demi et plus de deux millions de visiteurs plus tard, il se retrouve à la télé avec un diffuseur qui paie ses sketches, sa société s’associe avec KM, la boîte de prod de Renaud Le Van Kim, producteur du Grand Journal et ex-réalisateur sur Objectif Nuls. Une forme d'adoubement pour Baptiste, "élevé à Nulle Part Ailleurs dans les bras de (s)on père" :

"On a proposé deux pilotes à Canal ; ça répondait à leurs attentes mais ils voyaient bien que ce n'était pas nous. C'était très formaté, dans un même décor... Finalement, ils nous ont dit 'Pourquoi vous ne feriez pas quelque chose qui vous ressemble pour voir si vous avez la même définition de vous que nous ? Il y a plein de possibilités, vous pouvez faire une pub, un clip...' Ce qu'on fait sur le site en fait. Nous, on fait du sketch : enchaîner les vannes ou parler actu face caméra, c'était pas notre truc".



Trop décalé, ou pas assez

La pastille signée 10MAP interpelle sur les réseaux sociaux depuis sa diffusion. Trop décalé pour les non-initiés ou carrément plus assez osé pour des fidèles du Zboub (et du site)... Baptiste  reconnaît que certains n'aiment pas ne pas savoir sur quel terrain attendre les trublions. "D'un soir à l'autre, ce ne sera pas du tout comme la veille. Parce que si je fais tout le temps là même chose, au bout d'un moment je me lasse". Pourtant, il jure être resté dans le même esprit, tout en changeant de média. Jusqu'à assumer la fibre scato qui l'a fait connaître ? Les premiers numéros sont plus légers, à priori pas beaucoup plus orientés que leurs conneries clipesques à l'échelle du site, défend l'intéressé. "On a 160 sketches sur 10minutesaperdre.fr et il n'y en a que 25 avec un humour qui touche de près ou de loin au caca. C'est l'image qu'on a et c'est très bien. Ça me fait marrer mais tout ne tourne pas autour de ça".

Pour Carl Watts, "les fans ont cette image-là, de la même manière que les gens qui au début, retenaient plutôt des Nuls la mouche qui pète. On peut passer d'un humour noir, à l'absurde, à un autre plus dans l'air du temps". "Au final", tranche Baptiste, "le programme, c'est vraiment ce qui nous fait marrer et quand on a une idée, on le fait. Pour l'instant, c'est vrai qu'on n'a pas fait beaucoup de blagues pipi-caca, parce que nous ne nous sommes pas encore posé la question... Mais (et que les amateurs se rassurent) il y en aura !".

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De la toile à la lucarne

Ce qui a changé en revanche, c'est la méthode de travail. "Tout le cheminement lié à la prod télé,  peaufiner son écriture, avoir toute une équipe, des réals, c'est nouveau pour nous", avoue le jeune homme. "Avant, on avait notre idée, on écrivait quatre lignes, on appuyait sur [Rec] et c'était parti! Et parfois, il n'y avait pas une ligne écrite et à 18h c'était en ligne. On a toujours fonctionné comme ça et là, ça nous oblige à une rigueur de production. C'est normal d'avoir un retour de Canal et la plupart du temps ils ont raison. C'est plutôt cool que ça se passe comme ça".

Les contraintes de production digérées, la transition du web/télé peut s'avérer casse-gueule, comme de réussir un format court dans ces conditions. Baptiste : "Le but n'était pas de passer à la télé ; c'était une question d'opportunité. Sur le web, on a une idée, on le fait. Là, il faut être capable d'assumer la production. Je connais des gens du web qui sont très bien sur le web parce qu'ils n'ont pas de pression. Tout le monde ne peut pas avoir ce genre de contraintes, certains ont des plans ciné, des one-shot télé, ce sont des styles différents..."

Ce ne sont pas non plus les propositions qui manquent pour le fondateur du site qui n'abandonnera jamais entièrement son bébé pour céder aux sirènes, quelles qu'elles soient. "On a des projets ciné, mais on n'est pas pressés", confirme Carl Watts. "Peut-être que dans trois ans, on ne produira que des vidéos qui seront diffusées sur notre site". D'ailleurs, les acteurs français jetteraient un œil attentif à l'activité du site. "Du plus petit au plus gros, y compris des ‘stars’ de cinéma qui se rendent compte que c'est l'équivalent de Funny or Die, se posent la question pour se relancer entre deux films, en voyant que Dujardin fait des sketches là-bas...". Aucun n'a encore pris part à l'aventure, mais le producteur laisse une porte ouverte : "on reste en contact, ils apparaîtront peut-être en guests sur le site ou dans #laquestiondelafin. On aura des surprises en 2013."


La question de la fin. Du lundi au jeudi dans Le Grand Journal sur Canal Plus.

Par Jonathan Blanchet
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