Guerre et Paix sur France 2 Tolstoï pour tous

23/11/2007 - 18h36
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Des dialogues peu enlevés, des scènes de bataille expédiées, des doublages dignes des Feux de l'amour, l'adaptation de Guerre et Paix pour la télévision n'est pas toujours à la hauteur de ses ambitions ni des moyens alloués.
On se laisse pourtant aller à suivre ces quatre épisodes fleuves dont France 2 démarre la diffusion avec une grande facilité. leon tolstoi à la télé ? Un exercice de vulgarisation pas si mal réussi.

Lire aussi l'entretien autour de Guerre et PaixQuoi de mieux pour briller en société, que de lancer inopinément lors d'un dîner qu'on a lu LE {Guerre et Paix} de Léon Tolstoï, et ce devant un public coi d'admiration ? Rien. Encore faudrait-il avoir lu avec délectation les 1572 pages de ce monument de la littérature dont l'action se déroule sur fond d'une Russie déchirée par les campagnes napoléoniennes et les intrigues amoureuses des protagonistes.Soit. Heureusement pour les flémards, voici la solution au problème. Votre sauveur s'appelle service public, qui va diffuser sur France 2 l'adaptation du roman en 4 téléfilms de 110 minutes chacun. Dès le 6 novembre, à 20h50, la chaîne diffusera tous les mardis, durant quatre semaines consécutives, un épisode de la fiction de prestige qui fait l'actuelle grande fierté de France Télévisions. Pourquoi « fiction de prestige » ? Eh bien, Guerre et Paix est une énorme coproduction européenne dont le financement implique huit pays pour un budget total de 26 millions d'euros, 20 selon le réalisateur Robert Dornhelm. Tous les chiffres ayant trait à cette fresque historique donnent le vertige : 3 ans de travail, 6 mois de tournage, 15 000 figurants, 1 800 cascades, 1 500 chevaux, 105 lieux de tournage, 2 400 costumes (fabriqués en Italie avec les matières les plus nobles)…la production n'a reculé devant rien pour donner toutes les chances de sensationnel à ce projet dont l'envergure exceptionnelle se justifie par la collaboration des dix principales chaînes publiques européennes.Sissi sous amphètesCôté casting, on retrouve des comédiens issus des quatre coins de l'Europe et dont les visages seront familiers aux cinéphiles. Tout d'abord : Clémence Poésy, révélée par sa participation à l'adaptation sur grand écran de Harry Potter et la coupe de feu, et qui interprète ici le rôle phare de Natacha Rostov. Face à elle, le bel Alessio Boni (Dracula) est le Prince André Bolkonski, Peter Beyer (Goodbye Lenine, Munich) endosse le costume de Pierre Bezoukhov, Malcom McDowell (Orange Mécanique, Heroes) celui du prince Bolkonski Père… la liste est longue. Prestige donc.Alléchant ? Certes. Tout annonce que cette gigantesque fresque imagée sera un ravissement, un bijou de télé mêlant épopée historique, conte social et grandes envolées romanesques. Et pourtant. On regrettera des dialogues parfois déroutants de platitude et souvent peu à la hauteur de l'enjeu qu'ils englobent. Même chose pour la musique un tantinet banale et soporifique. Ajoutez à cela un doublage qui fait penser à celui des telenovelas brésiliennes ou au téléachat US, ça laisse pantois. Quid du jeu des acteurs issus de ce beau casting ? Il se tient, même si Clémence Poésy nous joue une Sissi sous amphétamines, tantôt exaltée, tantôt dépressive, expirant ses textes comme si c'était son dernier soupir, et qui agace plus qu'elle ne séduit. Alexander Beyer (Pierre) dont le rôle est de loin le plus complexe, pêche dans son interprétation en conférant à son personnage un air un peu neuneu, qui lui fait perdre en crédibilité. Mais on l'a dit, dans l'ensemble ça se tient.Du lourd version lightAbordons le thème douloureux des scènes de bataille. On s'attend à en prendre plein les mirettes, après tout ce sont les campagnes de Russie, celles de Napoléon, du lourd donc ! Eh bien là vous aurez droit à la version light ! On reste interloqué, notamment par la mise en scène de la bataille d'Austerlitz (épisode 1), qui met aux prises quelques hussards, qui se picotent du bout de la baïonnette durant environ deux minutes : dans Guerre et Paix, il y a Guerre ! Alors on en aurait voulu un peu plus, faute à l'Histoire Universelle qui a nourri notre imaginaire, celui là même qui nous renvoie à une gigantesque et sanglante boucherie… plus en phase avec la réalité que ce ballet de petits soldats. Heureusement, le troisième épisode, plus alléchant, contient des scènes d'affrontement presque spectaculaires. Ce fameux troisième épisode marqué par un moment de mise en scène anthologique et déroutant, où Pierre « le pacifiste » Bezoukhov se retrouve en pleine ligne de front, entre les Français et les Russes prêts à donner l'assaut, et pourquoi ? La réponse est sans appel : « Je voulais voir la guerre »… ah oui…ce tournant décisif de la vie de ce héros ne serait-il pas un peu vite expédié ? Il est vrai que l'adaptation d'une oeuvre comme Guerre et Paix pour une cible grand public, entraîne forcément une vulgarisation. Néanmoins, les raccourcis sont ici tellement poussés à l'extrême qu'ils jettent un sérieux discrédit sur ce qui se veut être une « fiction de prestige ». Ensuite chacun ira de son avis.On s'attendait, vu les moyens mis en place et le sujet choisi, à un éblouissement…a priori, là, vous n'aurez pas besoin de lunettes de soleil. Ca sent le soap à plein nez, et bizarrement c'est peut être ça qui fait la force de ce téléfilm, car on ne s'ennuie jamais réellement. Pire, on a même envie de savoir comment tout cela va se finir. Au fil des épisodes, les personnages changent, s'étoffent et gagnent en profondeur. Mais avant d'être pris par ce sentiment, il vous faudra passer le premier épisode relativement fastidieux. Même s'il déçoit parfois, ce programme conserve néanmoins un certain charme et un niveau de qualité raisonnable. Reste à savoir si Guerre et Paix réussira à trouver son public et à éclairer la ménagère en matière de classique littéraire russe…affaire à suivre.Mais revenons aux flémards qui voient en cette fiction l'occasion de combler leurs lacunes Tolstoïennes. Et bien en quatre semaines seulement, vous aurez, au coût d'un effort quasi nul (se poser devant la télé ne demande, en général, pas le déploiement d'une énergie terrible) acquis ce qu'il vous manque en la matière tout en passant un moment relativement sympathique. Fiction réalisée par Robert Dornhelm.Avec Alexander Beyer, Clémence Poésy,Alessio Boni, Andrea Giordana, Ana Caterina Morariu, Dimitry Isaev, Hannelore Elsner,Ken Duken, Valentina Cervi,Brenda Blethyn, Hary Prinz, Toni Bertorelli, Benjamin Sadler, Violante Placido, Malcom McDowell, Pilar Abella, Vladimir Ilyin, Scali Delpeyrat, Frédéric Gorny.Photos ©Pampa Prod/Rai/Lux

Par Florence Chartier
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