
- En direct du tribunal : un oeil sur la JusticeComment a débuté le projet {En direct du tribunal} ?J'ai commencé par une première série de cinq documentaires l'année dernière sur le tribunal d'Avignon, dont je connaissais bien le président. C'était une restitution d'audience brute, sans commentaire et ça s'est tellement bien passé que je me suis dit : « pourquoi s'arrêter là ? ». J'ai bien compris qu'il y avait un véritable potentiel. Je me suis dit essayons d'aller voir ailleurs, est-ce qu'on y rend la justice de la même manière ? est-ce que le verdict est identique selon que le président du tribunal est un homme ou une femme ? s'il est de bonne humeur ou pas ? Et au-delà de montrer un juge qui juge, ce qui m'intéresse c'est ce que ça laisse transparaître de notre société.Vous avez choisi les tribunaux comme un panel représentatif ?Non, on a choisi librement les tribunaux, l'idée de la série, c'était de restituer la réalité de la « justice ordinaire » qui occupe plus de 80% des juridictions, qui s'occupe des délits et qui concerne tout un chacun. On peut tous se retrouver devant un juge correctionnel : un délit de permis, une alcoolémie un peu poussée, des difficultés autour de gardes d'enfant Ce sont des choses au coeur de ce qui fait les relations humaines.La présence de la caméra a-t-elle modifié le déroulement de l'audience ?Ça a peu changé la donne : elle fait partie de l'audience, mais elle est rapidement oubliée. Les juges ont des affaires à juger et, caméra ou pas, il faut que le travail soit fait. Très rapidement, ils sont dans leur dossier, dans la nécessité de faire aboutir leur affaire, de faire leur travail. Même si certains présidents peuvent donner l'impression d'être plus en « représentation », ils sont déjà comme ça sans la caméra : ce sont des audiences publiques, c'est déjà une représentation, on est dans une théâtralisation car il y a toujours, dans n'importe quelle audience de tribunal, un public pour venir écouter ce qui se passe. Après, la caméra a un impact faible sur le déroulé des audiences. Sans doute que les juges les préparent un peu plus, mais je crois que l'élément important c'est que les juges qui acceptent la présence d'une caméra sont des juges ouverts qui ont la volonté de faire comprendre leur travail.Comment les prévenus ont accepté la présence de caméras ?Seuls le président et le procureur sont au courant que l'audience est filmée, ensuite, lorsque le président de chambre arrive, il annonce la couleur, explique pourquoi on est là, qui on est, dans quelle cadre ça se situe et invite les uns ou les autres à se manifester s'ils souhaitent qu'on les filme. Il y a ceux qui ne veulent catégoriquement pas, ils le disent tout de suite ; d'autres n'y voient pas d'inconvénient, et un dernier tiers de personnes qui ne savent pas trop s'ils sont d'accord ou non. Ils sont dans leur histoire, dans leur jugement, et la télé, ça ne les concerne pas. Et puis, comme c'est le juge qui l'annonce, ils n'ont peut être pas envie de se faire mal voir, je n'en sais rien ils se font peut être des idées. Mais mon engagement, c'est de revenir les voir après le montage et leur montrer ce qu'on raconte de leur histoire. Libre à eux ensuite de donner leur accord final ou pas pour diffusion. Je pense que c'est important : on est sur un rapport de confiance, ces gens me permettent de les filmer dans une position difficile où ils sont jugés et où certains aspects de leur personnalité ou de leur histoire sont révélés, le minimum c'est de leur montrer ce que j'en fais.En direct du tribunal, tous les dimanches à 20h40 sur Planète Justice.