
- Lire l'entretien avec Samuel LuretMadame est venue répondre à une plainte de son ex-mari à qui elle refuse le droit de visite et de garde de leur enfant. Dès les premières minutes, le président rappelle les faits puis laisse la parole à la maman. Celle-ci s'explique : elle juge son ancien mari violent, dangereux, démissionnaire de son rôle de père. Difficile de ne pas se sentir en empathie avec la jeune femme jusqu'au moment où l'accusation prend la parole et le rapport s'inverse. La mère devient alors le bourreau qui empêche l'ex-mari de voir son fils. Le président tranchera en faveur du père, le jugement reporté pour permettre à la mère de laisser son enfant de six ans aller chez son papa un week-end sur deux. Aucune voix off, aucun commentaire, les caméras fixent les regards et les délibérations tandis qu'à l'arrière-plan, dans le public, des élèves d'une école voisine s'agitent. Voilà le coeur de la série { En direct du Tribunal } : montrer la vérité de chacun et, sans artifice, tenter de rendre compte de la manière dont on juge en France.Samuel Luret, le réalisateur, a ainsi conçu chaque documentaire autour d'un tribunal comme si le téléspectateur était venu assister à ces audiences publiques. On suit quelques cas, puis on découvre le verdict après la délibération du jury. Il s'agit avant tout de {« restituer l'audience dans sa temporalité »} explique Samuel Luret. Le montage est sobre, évitant juste les répétitions entre les avocats, le procureur et le président du tribunal. Pour qui n'a jamais mis les pieds dans un palais de justice, c'est l'occasion de découvrir ce monde obscur et de s'apercevoir que, selon le jury et le président de chambre, un même délit n'entraînera pas forcément les mêmes conséquences. {« Il y a des juges qui déclarent qu'ils n'appliqueront pas les peines planchers parce que c'est inepte ou inadapté et expliquent leur décision, tandis que d'autres appliquent la loi, rien que la loi, s'excusant pour les peines planchers, mais les appliquant quand même »}, raconte le réalisateur.Comme il est théoriquement impossible de tourner dans un tribunal, il a d'abord été nécessaire d'obtenir les autorisations. {« C'est formellement interdit, mais de fait, c'est toléré et je pense que la législation va évoluer car il y a une attente réelle des citoyens d'avoir un regard sur leur justice »}, explique Samuel Luret. Ensuite, chaque prévenu a donné son accord pour être filmé et, après montage, le réalisateur a présenté à chaque protagoniste le film pour s'assurer qu'aucun n'avait le sentiment d'être trahi, l'expérience d'un tribunal étant déjà traumatique. Pour les juges, la présence d'une caméra permet de faire comprendre leur travail. {« C'est important pour eux, parce que leur métier est méconnu, si ce n'est mal connu et mal aimé, et c'est aussi l'occasion de restituer la réalité des choses »}. Et puis, aujourd'hui, connaître les rouages de la justice est utile : avec la multiplication des lois et l'apparition des peines planchers, la prison n'est plus réservée aux grands criminels.Au fil des épisodes, outre cette femme interdisant à son ex-mari de voir leur enfant, on rencontre trois petits dealers en quête de réinsertion, un récidiviste de la conduite en état d'ivresse, un arnaqueur d'une société d'assurance, un conducteur sans permis pris deux fois sur le fait Et on constate surtout que, selon le tribunal, selon la chambre correctionnelle, un vendeur de shit occasionnel pourra être incarcéré comme un gros dealer alors que le même délit dans un autre département aurait été moins vertement condamné. C'est finalement assez calme, chacun est dans ses petits souliers, souvent impressionné par cette confrontation avec le juge, mais c'est aussi le moment où la victime ou le prévenu a la possibilité de s'exprimer. C'est au tribunal que la parole revient et toute la réussite de la série tient à la manière dont elle parvient à restaurer la parole échangée entre le juge et le prévenu, lorsque la vérité de chacun est restituée dans ses moindres détails.