
Commençons par le commencement : la voix de la narratrice, Mary-Alice qui introduit et conclut chaque épisode, tourne en boucle. Depuis la saison 5, chacun de ses monologues répète inlassablement les mêmes poncifs : vos voisins cachent leur vraie nature, mais les amis sont toujours là pour vous Ça va bien maintenant : qu'on lui trouve autre chose à nous dire ou qu'on la fasse taire définitivement !Et puis, finies les histoires trop complexes : la saison 6 s'ouvre sur une strangulation ratée, et après quelques pistes très rapidement avortées (« mais si, c'est le fils de la famille italienne qui vient d'arriver, ah bah non alors, c'est la voisine folle ah bah non alors c'est le policier meuchant ah bah non », etc.), on attendra l'épisode 20 pour en savoir un peu plus - et franchement, on est loin de la délirante histoire de la première saison. Toutes les autres intrigues sont résolues en un ou deux épisodes. Heureusement, il nous reste les dialogues ciselés, de petits joyaux dignes des meilleures sitcoms. Mais attendre la bonne blague ou, plus clairement, l'apparition de Gaby, de loin la plus rigolotes de toutes, ne suffit pas à éviter de bailler pendant l'épisode.
Autre aspect fâcheux apparu avec la saison 6 : l'inconstance manifeste de chaque personnage d'un épisode à l'autre. Ne parlons pas du queutard Karl, ex-mari de Susan, qui devient fou amoureux de Bree, se décide à l'épouser tout en lui promettant une fidélité douteuse, et intéressons-nous à Katherine. Arrivée à la saison 4 (ou plutôt revenant à Wisteria Lane après une absence de douze ans), cette ancienne amie de Susan cache un terrible secret, intrigue majeure à l'époque : sa fille n'est pas sa vraie fille.Au cours de la saison 5, cinq ans plus tard, elle file le parfait amour avec Mike, le plombier et ex-mari de Susan. Or, l'épisode final nous cache avec qui se marie Mike : Katherine ou à nouveau Susan ? La révélation qui arrive dans le premier épisode de la saison 6 marque un premier tournant dans le caractère de Katherine qui devient peu à peu folle. Finalement, elle va mieux, puis mal, puis mieux à nouveau, puis elle pique une crise, elle part à l'hôpital, revient à Wisteria Lane, veut s'en aller, mais reste, trouve une amie, redevient saine et ainsi de suite. L'actrice qui l'interprète, Dana Delany, doit adorer ses incessants changements d'humeur, véritable challenge pour elle et le téléspectateur.Orson, l'époux de Bree, n'est pas épargné. Mari aimant, il devient agressif lorsque Karl drague sa femme, puis change subitement. Depuis ses débuts dans la série, on l'a vu successivement : calculateur, criminel, doux, tendre, aimant, désagréable, imbu de sa personne, dévoué, fier, violent, suicidaire Le personnage, sans parler de l'acteur qui l'interprète Kyle MacLachlan, qui fut tout de même le très classe agent spécial Dale Cooper de {Twin Peaks} sont sacrifiés. C'est simple : depuis les débuts de la série en 2004, le seul personnage qui n'a pas changé d'un iota, c'est Susan, exaspérante depuis le tout premier épisode.
Bien que l'audience ait diminué depuis 2004, {Desperate Housewives} reste parmi les programmes scriptés les plus regardés de la télé américaine. Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui la série est devenu un soap-opera luxueux. On ne s'intéresse plus aux intrigues, le côté sériel a totalement disparu : nul besoin d'avoir vu l'épisode précédent pour regarder le suivant. C'est du prémâché qu'on digère entre un repas devant la télé et les corvées de la maison. Ce qui plaît, finalement, c'est moins l'intrigue que les petites histoires : héritage, filiation, amitié, maladie, disparition. Un quotidien dans lequel on se retrouve. En l'état, la série pourrait durer aussi longtemps que les {Feux de l'amour} - mais ce ne serait plus le {Desperate Housewives} qu'on a aimé.
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