Comment sauver la fiction française ? En payant les scénaristes

07/04/2011 - 15h54
Comment sauver la fiction française ? En payant les scénaristes

 

En juin 2010, Frédéric Mitterrand a commandé à Pierre Chevalier, directeur des projets d'Arte France, un rapport sur la fiction française - plus exactement une réflexion sur les problématiques de financement de l'écriture et du développement de la fiction française. Cette "mission Chevalier" vient de rendre son rapport, dont le diagnostic principal est assez simple : en payant correctement les scénaristes, on pourra peut-être espérer développer de bons scénarios.

 

Il s'agit là d'un raccourci simpliste, la mission Chevalier, également composée d'un scénariste et d'une productrice, ayant pondu un rapport fouillé de 70 pages sur l'état de la fiction en France et comment l'améliorer. Mais on s'aperçoit bien vite que le coeur du problème est là : en France, les scénaristes ne sont pas salariés, et n'ont aucun statut - pas même celui d'intermittent du spectacle. Une situation plus que précaire qui les pousse à cachetonner et multiplier les projets simultanés s'ils veulent bouffer. Quand aux Etats-Unis on a un équipe de scénaristes dirigée par un showrunner pour plancher sur une série, en France, le scénariste travaille la plupart du temps seul, sans aucune sécurité, et souvent sur plusieurs projets. Outre-Atlantique, les scénaristes sont devenus des acteurs puissants du système, des stars, qui s'appellent J.J. Abrams, David Chase, Matthew Weiner, David Simon, Aaron Sorkin... En France, quelqu'un est-il capable de citer un nom ?

 

Cela fait environ vingt ans que le modèle américain fait ses preuves et permet d'inonder les antennes du monde entier de séries de qualité. En 2011, la France oserait donc enfin s'en inspirer, dépasser sa névrose cinéphilique qui a conduit à considèrer depuis toujours la fiction télé comme un genre mineur, le but ultime étant de s'en échapper. Alors même que le cinéma disparaît peu à peu des écrans de télé et que les chaînes font l'essentiel de leur audience sur des séries (américaines, bien sûr).

 

La mission Chevalier préconise de bouleverser le système de production en réévaluant le rôle de chacun des acteurs, pointant du doigt la responsabilité des diffuseurs dans cet échec de la création française. Et c'est le 2e point important de ce rapport : la frilosité des chaînes de télé, qui commandent au compte-goutte des objets trop consensuels rentrant dans les cases tous publics est en grande partie responsable de la médiocrité des séries en France. Le rôle du diffuseur dans l'écriture d'un projet doit être limité - ce sont souvent les chaînes elles-mêmes qui, à force de fourrer leur nez dans les scénarios en cours, finissent par les saborder. Chacun son métier.

 

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