
Plus d'action, plus de violence, plus de rebondissements. La série policière imaginée par Olivier Marchal revient avec encore plus de testostérone sous la plume d'Abdel Raouf Dafri (Un Prophète, le diptyque Mesrine). Avec cette deuxième saison, Braquo assume définitivement l'étiquette badass. La vraisemblance en prend un coup, mais faut-il s'en plaindre ?
Quand on avait quitté la première saison de Braquo, il y a deux ans, on se demandait comment les auteurs allaient se dépatouiller de l'impasse scénaristique qu'ils avaient eux-mêmes créée. Souvenez-vous, la bande d'Eddy Caplan a fini par tomber après avoir commis tous les crimes imaginables (meurtres, kidnapping, vol, évasion du gangster Serge Lemoine, etc.). A part 20 ans fermes pour tout le monde, on ne voit pas trop quelle peut-être l'issue pour les quatre flics du SDPJ des Hauts-de-Seine.
Trop occupé par son projet de film sur le gang des Lyonnais, Olivier Marchal a laissé la résolution du casse-tête à Abdel Raouf Dafri. Créateur de feu La Commune, excellente série malheureusement torpillée au bout d'une saison par Canal Plus, le scénariste d'Un Prophète et des deux Mesrine de jean-françois richet a résolu le problème en un épisode. Le martyr Caplan prend tout dans la gueule pour épargner son équipe : Roxanne Delgado (Karole Rocher) est rétrogradée gardien de la paix, Walter Morlighem (Joseph Malerba) garagiste pour la police, et Théo Wachevski (Nicolas Duvauchelle), le flingué de la gâchette, simplement radié à vie.
French Jack Bauer
Caplan file donc seul en préventive. Mais à peine a-t-il le temps de faire coucou aux malfrats qu'il a coffrés pendant sa carrière que Samuel Le Bihan vient lui confier une mission que seul lui peut mener. Deux séquences plus tard il s'est évadé avec un couteau et reforme son ancienne équipe, chargée de traquer un commando composé d'anciens militaires dont on découvrira plus tard le vrai objectif. Lors de la diffusion de la première saison, on avait comparé Braquo à The Shield. Erreur, le personnage interprété par Jean-Hugues Anglade tient finalement plus du Jack Bauer version french touch. Il n'a pas à sauver le monde, juste la France et c'est déjà pas mal.
Malgré le changement de pilote, Braquo 2 est donc fidèle au style coup de poing mis en place par Marchal. Ceux qui apprécient le réalisme et le rythme moins effréné d'Engrenages, l'autre série policière de Canal récemment nommée aux International Emmy Awards et qui pourrait être adaptée au cinéma par Sam Mendes, peuvent passer leur chemin. Ici, ça défouraille dans tous les sens. Les cadavres se comptent à la pelle (une bonne dizaine dès le premier quart d'heure du premier épisode), et il ne faut pas trop s'attacher à tel ou tel personnage : il risque bientôt d'y passer lui aussi.
Pas la peine, non plus, d'espérer plus de de nuances ou d'évolution dans la psychologie des uns et des autres. Caplan a un coeur gros comme ça, Delgado est la bonne poire, Morlighem accroc aux jeux et Wachevski toujours dépressif et cocaïné. Idem pour les personnages secondaires, tous aussi uniformes et parfois caricaturaux (attention tout de même à la trajectoire du commandant de l'IGS Vogel). On peut déplorer ce simplisme. Mais il est imputable au format serré de 8 épisodes et se met au service de l'action, qui est quand même le moteur principal de la série.
Violent divertissement
La réticence du téléspectateur tient sans doute au fait qu'on est peu habitué à ce format de fiction en France, où la testostérone, les répliques chocs et les scènes d'action priment sur le reste. Là où on applaudit les six minutes de gun fight de Heat, où les aventures improbables de Jack Bauer, juger Braquo sur sa crédibilité serait une erreur. Braquo, c'est du divertissement. Violent, mais du divertissement quand même. Du badass version french touch, en somme. Nos voisins font ça depuis L'Inspecteur Harry, il était temps qu'on s'y mette.
Abdel Raouf Dafri a en prime le talent nécessaire pour nous embarquer dans son univers noir et sanglant. Il sait assaisonner l'intrigue d'une histoire de barbouzerie qui réveille les vieux démons de la Françafrique, s'inspirer de personnages bien réels (l'avocat Karim Achoui a dû se reconnaitre) et ouvrir la porte à une saison 3 à l'arc narratif alléchant. En espérant qu'on ne lui retire pas son nouveau joujou, comme cela s'était produit avec La Commune.
Braquo saison 2, à partir de ce lundi à 20h55 sur Canal +.
Par Edouard Orozco Follow @edouard_orozco
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