
Une dépression sur le début, une soirée bien arrosée, un volant difficile à tenir et paf, un Platane. C'est l'entame, et le nom, de la nouvelle série de Canal+, imaginée notamment par Eric Judor (d'Eric et Ramzy, le plus petit des deux). Une série qui a une particularité puisque pour la première fois depuis des années, exception faite de l'hilarante Inside Jamel Comedy Club diffusée en 2009, et après les drama bien pesants tels que Braquo ou Maison Close, Canal+ rouvre le dossier des comédies... mais, ici, dans un genre un peu particulier. Après trois épisodes, qu'en pense-t-on ?Platane raconte l'histoire d'Eric Judor qui se réveille après un an de coma suite à un accident de voiture. Ses projets sont tombés à l'eau, Ramzy, son binôme de toujours, joue avec un autre acteur dans HP, la suite de H... tout est à refaire pour le comique. De fil en aiguille, on suit ses pérégrinations pour développer de nouvelles idées (une série, d'abord, qui le fait rencontrer la direction fiction de Canal+ puis un film ensuite, La Môme 2.0 Next Generation).Par ce synopsis, le pitch semble définitivement humoristique. En réalité, Platane se situe plutôt dans l'entre-deux genre, les "dramédies" comme on dit. Celles qui permettent à Showtime de parler des troubles du comportement avec le sourire dans United States of Tara, celles qui permettent à HBO de montrer le déclin vulgaire des Etats-Unis au travers de Kenny Powers dans Eastbound & Down, et celles qui ont permis à la BBC d'explorer à l'aide du stylo de Ricky Gervais les affres de la notoriété télévisuelle dans Extras. On navigue entre Episodes, 30 Rock (pour les chutes) et The TV Set (le film sur la création d'une série américaine avec David Duchovny).Avec Platane, pour l'instant en tout cas, on se situe plutôt dans l'auto-critique personnelle. Les hommages à H sont grinçants et les situations comiques servent le malaise d'Eric Judor pris au piège d'une célébrité en perte de vitesse, presque ringarde. A tel point qu'il est possible que les détracteurs du trublion se prennent d'affection pour ce qu'il propose dans la série. Pas sur la forme, qui oscille entre le très bon - quelques blagues sur les handicapés bien réussies en épisode 2 -, l'inégal - l'humour raciste n'a pas le niveau de celui de Fabrice Eboué -, et le parfois désastreux - une bonne partie des storyline et des scènes avec les guest stars. Mais, en revanche, sur le fond, qui caresse subtilement celui d'Extras notamment sur le besoin de reconnaissance pour son travail accompli - Ricky Gervais jouait un figurant qui, au fil des épisodes, parvenait à devenir scénariste populaire mais détesté par la critique -, Platane n'est pas loin d'émouvoir. L'incertitude demeure quant à la signification de la gaminerie assez méchante déployée par le personnage principal, en l'occurrence quand Eric Judor joue un lui-même caricatural ressemblant fort à ce que les critiques ont pu dépeindre de lui (à tort ? à raison ?) au cours de sa carrière. Est-ce que le projet est justement d'offrir à ce personnage un peu plus de consistance au fil d'une série où il aura à se défaire des préjugés qui l'ont accablé ? Réponse à la fin de la saison.
Diffusion à partir du 5 septembre à 20h50 sur Canal+.