
"Les rapports de proximité politique entre les orientations éditoriales de TF1 et le pouvoir actuel pose le problème dans une démocratie comme la nôtre". Cette citation, extraite d'une lettre d'Arnaud Montebourg envoyée à TF1, résume la pensée du député socialiste.La polémique entre la chaîne et l'élu a commencé par la diffusion d'extraits du prochain film de Pierre Carles "Fin de concession". « C'est le moment de taper sur TF1. Il faut leur mettre la tête sous l'eau. C'est la télévision de la droite, c'est la télevision des idées qui détruisent la France, la télévision de l'individualisme, la télévision du fric, la télévision du matraquage sur la sécurité », y indique Arnaud Montebourg.
Nonce Paolini, pdg de la chaîne a demandé des excuses au député qui les lui refuse, tout en admettant avoir demandé lui-même au réalisateur Pierre Carles de couper cette séquence, "par loyauté". Au départ donc, Montebourg fait ce que tout membre de l'oppositon fait depuis 20 ans : critiquer les positions de TF1, sans jamais aller jusqu'à remettre en question la privatisation de la chaîne (elle pourrait être nationaliser) et la concession qu'elle obtint en 1987. Pourtant, le moins que l'on puisse dire est que les engagements pris par les dirigeants au moment de leur candidature sont assez loin de ce qu'est devenue la chaîne... (lire l'audition complète du groupe Bouygues sur le site de l'ARP) Cette fois, "outé" par Carles, le député décide d'en rajouter une couche et revendique dans sa lettre, sa totale liberté de parole : "Le regard libre et sans concession d'un représentant de la nation sur le comportement d'une chaîne qui fait un usage contestable de ce bien public national relève de ses devoirs politiques et moraux élémentaires"
TF1 est de droite "Dernièrement écrit-il au PDG de TF1, vous avez cru devoir donner la parole pendant plus de deux heures au Président de la république, chef du parti majoritaire, à une heure de grande écoute, tout en permettant à la principale dirigeante de l'opposition de ne répliquer que pendant 4 minutes”.
TF1 flatte les bas instincts : "Dans la semaine du 29 septembre au 5 octobre 2010, vous avez choisi de consacrer 4 heures 30 à des émissions liées à l'argent, soit des émissions de vente (télé shopping) ou des jeux où l'appât du gain est moteur”.
Vous conviendrez qu'il n'est pas illégitime de penser que votre chaîne porte une responsabilité considérable dans la dégradation à la fois du niveau du débat démocratique français, mais également de la représentation que les Français peuvent avoir d'eux-mêmes"
TF1 est hors la loi : "La grossièreté des violations, la lourdeur des sanctions et la répétition des infractions depuis quinze ans m'amènent à considérer que le comportement de la chaîne TF1 que vous présidez relève du piétinement systématique de nos lois et règlements"
Fin de concession?
Le député reconnaît également la lâcheté politique et la compromission des différents gouvernements (de droite ou de gauche) : TF1 a néanmoins obtenu des gouvernements et des majorités parlementaires qui se sont succédé de nombreux privilèges et avantages indus : assouplissement du dispositif anticoncentration, renouvellement automatique de la concession sans mise en concurrence, droit à une deuxième coupure publicitaire dans les oeuvres de fiction, introduction forcée sur la télévision numérique terrestre qui a provoqué des réactions extrêmement vives de vos concurrents, et allègement substantiel et régulier des obligations contenues dans votre cahier des charges."
Aujourd'hui le député pourrait aller jusqu'à demander la remise en cause la concession de domaine public hertzien de la chaîne devant les tribunaux.
Lire la lettre de Montebourg à TF1 dans son intégralité (PDF)
Mise à jour du 03 octobre :Montebourg a confirmé cela dimanche sur le plateau du Grand Jury Europe/Le Parisien, TF1 a une tradition déliquante. Le député réfute "la concession à vie de TF1" (en réalité, une concession à renouvellement automatique).
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida