Zanân, journalisme féministe en Iran "Sous Khatami, les femmes ont eu plus de libertés"

10/03/2009 - 22h44
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A l'occasion de la sortie d'un livre sur l'histoire de la revue Zanân, Shahla Sherkat, fondatrice et rédactrice en chef de ce magazine féministe iranien, a fait le voyage jusqu'à Paris...
Rencontre, à la veille de la journée internationale des femmes.
L'auteur
Emmanuel Haddad

    {Zanân} (Femmes en persan) naît en 1992 sous l'égide de Shala Sherkat.Journaliste primée à maintes reprises (prix Louis Lyons 2004 et 2005, prix du courage en journalisme en 2005, etc.) pour son engagement auprès des femmes iraniennes, elle impose un ton à la fois libre et critique à {Zanân}, et en fait un magazine incontournable pour ses reportages et ses portraits de femmes. La revue a été interdite en février 2008. L'édition CNRS a publié le 26 février le livre

    .Shahla Sherkat, avec Zanân, vous êtes passé d'un journalisme féminin à un journalisme féministe, pourquoi ?Quand j'ai commencé à faire du journalisme dans le domaine des femmes, j'ai découvert progressivement et appris à connaître leurs problèmes. De nombreuses femmes venaient au bureau de la revue en quête de conseils. Cela m'a encouragé à mener mes recherches, à étudier les lois concernant les femmes pour pouvoir les conseiller. J'ai donc découvert, peu à peu, que la situation des femmes était très, très sensible au sein de la société. J'ai aussi découvert l'existence d'une discrimination sexuelle à leur encontre, aussi bien dans la famille que dans la société.Comment la liberté politique acquise sous la présidence du réformiste Khatami (1997-2004) s'est-elle traduite pour les femmes iraniennes?Il faut savoir que la législation en Iran ne dépend que du pouvoir judiciaire. Donc, dans le domaine des femmes et des lois concernant les femmes et la famille, rien n'a bougé. Par exemple pour la loi sur le divorce ou la loi sur la protection de la famille*, c'était le chef du pouvoir judiciaire qui en décidait. Le pouvoir exécutif n'y pouvait rien. Mais il ne faut pas oublier que sous la présidence de Khatami, les femmes ont eu plus de liberté individuelle et sociale. Surtout, sous son mandat, beaucoup de revues et de magazines ont eu l'autorisation d'être publiés. Pour nous journalistes, cette nouvelle liberté d'expression a permi de refléter les problèmes des femmes, de les mettre sur la table pour que les autorités puissent s'en saisir. En février 2008, la revue {Zanân} dont vous êtes fondatrice et rédactrice en chef, a été interdite. Quelle menace représentiez-vous pour le régime de Mahmoud Ahmadinejad?Zanaân a été fermé avec pour titre d'accusation : donner une image sombre et noire de la situation de la femme en Iran. Ce n'était pas notre but. Nous voulions juste présenter les problèmes et les difficultés dans la vie des femmes afin d'y apporter des solutions. Il était question de sensibiliser l'opinion publique et les autorités à cette situation. En même temps, si notre but était de présenter ces problèmes, on présentait aussi des femmes qui avaient eu du succès dans leur vie professionnelle. On reflétait leurs expériences pour montrer qu'en Iran, comme partout ailleurs, il y a une panoplie de femmes avec des parcours parfois difficiles mais aussi des modèles à suivre.Comment les femmes iraniennes commémorent-elles la journée internationale des femmes ?Les Iraniennes, comme les femmes du monde entier, fêtent bien sûr la journée des femmes. Normalement, il y a un programme nourri dans les universités, les associations, et d'autres centres culturels et sociaux. Elles se réunissent donc pour faire des discours, participer à des conférences… C'est l'occasion de faire le point sur les problèmes et les acquis de l'année qui vient de s'écouler. Elles expriment souhaits et revendications. En quelque sorte, elles manifestent ainsi leur présence sur la scène sociale et politique. *La loi sur la protection de la famille autorise notamment la polygamie sans l'aval de l'épouse si le mari a les moyens financiers requis.{Zanan, Le Journal de l'autre Iran}, aux éditions CNRS, en librairie depuis le 26 février, 35€.

    Par Emmanuel Haddad
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