Wikileaks a-t-il inventé le gossip diplomatique ?

29/11/2010 - 12h03
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Wikileaks a-t-il inventé le gossip diplomatique ?

 

 

Nicolas Sarkozy serait "susceptible et autoritaire" selon l'ambassade des Etats-Unis. Un autre diplomate qualifie Silvio Berlusconi "d'irresponsable, imbu de lui-même et inefficace en tant que dirigeant européen moderne". Jean-Daniel Levitte, sherpa de l'Elysée, estime que Hugo Chavez est un fou que même le Brésil ne peut plus soutenir.Plus accrocheur : Dimitri Medvedev serait "le Robin du Batman joué par Vladimir Poutine". Ce florilège de petites phrases est dans tous les grands journaux qui inaugurent ce matin une nouvelle aire de jeu du journalisme people : la diplomatie. A l'origine de cette débauche d'infos essentielles : 250 000 documents fuités par Wikileaks, des mementos et télégrammes de la diplomatie américaines, que le site de Julian Assange appelle "Statelogs"

En attendant de voir la diplomatie internationale s'écrouler face aux révélations orchestrées par Wikileaks, on peut déjà apprécier un certain nombre de cables dignes d'une feuille de chou people. Sur France Inter ce matin,Daniel Cohn-Bendit assurait que les "statelogs" satisfaisaient uniquement son penchant voyeuriste. "Il n'y a rien qu'on ne savait déjà", a-t-il résumé. Il exagère et nous aussi : on apprend aussi via ces "statelogs" que les diplomates américains à l'ONU tentent de récupéer le maximum d'informations, y compris privées, sur leurs homologues et que la diplomatie française juge l'Iran fasciste - mais  Mahmoud Ahmadinejad ne devrait pas être trop surpris du qualificatif.

 

Alors comment se fait-il que la plus grosse fuite de l'histoire du journalisme d'investigation ne donne lieu qu'à des anecdotes ? Emettons une hypothèse : En industrialisant le processus des révélations, Wikileaks a ramené les plus grands journaux de la planète à un rôle de prestataires chargés du tri. Le hic c'est que ces sous-traitants ont un peu de mal à répondre à la demande. En attendant de s'être assurés de la fiabilité des pièces, ils ne publient pour l'heure que des informations anecdotiques, divertissantes et presque inoffensives. L'ordinaire de l'info permanente en somme.Le grand public les lira négligemment, en se moquant (pour changer...) de la vanité des hommes de pouvoir et de leurs éminences grises.

 

"Qu'apprend-on dans les premiers articles sur les 250 000 dépêches diplomatiques mises en ligne par Wikileaks ? Que les diplomates, les conseillers diplomatiques, ou les chefs d'Etat, comme vous et moi (surtout moi) cancanent et médisent quand ils se rencontrent", résume Schneidermann dans son edito de 9h15. La révolution orchestrée par Wikileaks consiste à rendre caduque la pratique du secret dans les relations diplomatiques. Dans les jours à venir, de nouvelles révélations donneront peut-être la pleine mesure de la portée de ces fuites. En attendant sachez qu'Angela Merkel fait preuve "de peu d'imagination", selon de fins observateurs américains. 

 

Par Daniel De Almeida

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