
Drôle d'histoire que celle de cette peinture. Le grand peintre français Nicolas Poussin l'exécute entre 1634 et 1638 : un thème des plus classiques, quoique très original : le dieu grec du mariage, Hyménée, se retrouve déguisé en femme pendant une cérémonie à l'honneur du dieu de la fertilité Priape. Vous savez, le fameux, celui qui a une bite dure comme le bois, toujours au garde-à-vous et impressionnante de taille. Poussin figure donc le dieu par une statue dotée d'un énorme engin. La peinture passe aux mains de la famille royale espagnole, qui décide d'y faire une "retouche de pudeur", et de cacher le phallus en peignant dessus une fausse ombre. Le procédé se fait beaucoup à l'époque, depuis les sculptures dont on enlève les pénis aux seins recouverts des portraits de nus. Avec la guerre de Napoléon en Espagne, la toile est prise par des aristocrates anglais et vendue au XXe siècle au collectionneur français George Wildenstein, qui la refile au journaliste brésilien Francisco Assis Chateaubriand, fondateur du Musée d'art de Sao Paulo. La toile y est exposée donc de nos jours, et restaurée récemment pour fêter l'année de la France au Brésil. En nettoyant les multiples couches de peinture, malgré les trous et les déchirures, le phallus a été découvert et remis à l'honneur, prouvant ainsi que la force sexuelle, plus que les traditions, dure bien longtemps.