Un futur non formaté ?

09/04/2005 - 17h18
Un futur non formaté ?

Le collaborateur d'une firme dominant le marché de la musique en ligne, m'a rapporté avec amusement ce cas d'école que pose le choix de distribuer les albums morceau par morceau : quelques artistes glissent, dans leur morceaux ou, plus directement, en lieu et place d'un morceau, un titre dont la partition se résume à X secondes de silence. On comprend aisément le concept dans le contexte de l'expérience d'écoute d'un album. Mais lorsque les internautes, alléchés par le titre d'un groupe qu'ils chérissent, et dont ils ne parviennent pas à se souvenir - et pour cause - achètent ce silence pour une somme non négligeable de presque un euro ou un dollar, ils trouvent amer de ne pas même pouvoir entendre le cliquetis de leur pièce tomber au fond du puits de silence. Ils s'insurgent d'avoir acheté du rien, et certains se sont retournés contre le marchand. Dans un premier temps celui-ci a remboursé les malheureux et songé à ne plus rendre accessible ce silence tarifé. Mais les artistes et leurs agents firent grand bruit de cette rupture de contrat, avec forces menaces qui ont remis en rayon leur morceaux bien similaires : seules les durées varient, mais aucun n'aurait l'idée d'attaquer l'autre pour plagiat.Cette anecdote nous renvoie à la notion de format des oeuvres - ici musicales - qui sont liées à des contingences souvent sans lien avec la création, mais tributaire des supports ou de la diffusion : la taille des disques 33 tours, la capacité des disques optiques (le diamètre de nos CD ayant été déterminé par Beethoven, googlelisez un peu et vous saurez pourquoi), la durée économiquement optimale entre deux pages de publicité radiophonique, etc.En matière de "format", internet n'est pas déterministe. Les contraintes ne sont pas figées, elles évoluent sans cesse avec le développement de la technologie et de l'infrastructure. Les ordinateurs et autres terminaux ne sont pas des "machines", ce sont des méta-machines, autorisant l'amélioration continuelle de nos interfaces, et laissant possible l'invention et le déploiement très rapide de nouveaux paradigmes d'expérience, d'échange ou de distribution de contenus. Pour l'heure nous nous sommes pour l'essentiel contentés de transposer sur le web les pratiques de l'ancien monde : les formats musicaux en sont les meilleurs témoins. A l'avenir le champ des produits culturels, des oeuvres et expériences artistiques, des services cognitifs ou documentaires, et autres cyberparadis issus de l'espace marchand ou non marchand sera d'une diversité - et d'une volatilité - que nous sommes incapables d'appréhender aujourd'hui.

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