
Le New York Times a pris des nouvelles des 33 mineurs chiliens qui ont passé 69 jours à 700 mètres sous terre l'an dernier. La plupart n'ont pas repris le travail et souffrent toujours de problèmes psychologiques.
Un an après avoir été au coeur de l'actualité, que sont devenus les fameux mineurs chiliens ? Comme l'avaient annoncé les experts, le retour à la réalité a été difficile pour eux. A l'image de Jimmy Sanchez qui, malgré une croisière en Grèce, des voyages en Grande-Bretagne, Israel, Los Angeles et à Disney World payés grâce aux gens émus par leur histoire, accuse toujours le coup.
De héros à vendeurs de cacahuètes
Sans emploi, il fait 11 heures de bus deux fois par mois pour voir un psychiatre à Santiago, la capitale du Chili. Il fait partie des 9 mineurs encore en arrêt maladie pour stress post-traumatique. Sans nouvelles des sauveteurs pendant les 17 premiers jours, les mineurs avaient commencé à songer au cannibalisme et au suicide avant de retrouver espoir.
"La plupart d'entre nous en sont toujours au même point, avec des problèmes émotionnels et psychologiques", déclare-t-il au NYT. "Nous avons eu peur de ne plus jamais voir nos familles, de mourir. On ne peut pas simplement effacer ses souvenirs".
Sortis comme des héros de la mine de San José les 13 et 14 octobre 2010, sous l'oeil des caméras du monde entier, les mineurs chiliens ont depuis quitté la lumière et sont nombreux à être sans emploi et plus pauvres qu'avant. Quelques-uns ont retrouvé un vrai boulot, quatre sont redevenus mineurs et deux d'entre eux (Víctor Zamora et Darío Segovia) survivent en vendant des fruits et légumes.
"On a fait de nous des héros. Au bout du compte on vend des cacahuètes. C'est ironique, non ?", interroge Edison Peña, un autre mineur qui est aujourd'hui dans une clinique psychiatrique après avoir connu des problèmes de drogue et d'alcool.
Hollywood prend son temps
Les bénéfices qu'auraient pu tirer les mineurs de leur aventure hors du commun tardent à venir. Certains ont touché un peu d'argent pour répondre à des interviews ou s'exprimer dans des conférences de motivations, mais la fameuse adaptation hollywoodienne de leur histoire, qui pourrait les sauver économiquement, n'a toujours pas de script.
"C'est très similaire à la souffrance vécue par les vétérans du Vietnam", avance Rodrigo Gillibrand, le psychiatre qui suit les neufs mineurs toujours pris en charge. "Leurs symptômes post-traumatiques pourraient s'avérer chroniques".
Les mineurs chiliens profitent-ils de la situation pour se faire plaindre ? La question est tabou mais certains se la posent. Le magnat chilien des mines, Leonardo Farkas, a donné 15 000 dollars à chacun des mineurs, et offert une maison à deux d'entre eux qui se mariaient. Il accuse Claudio Yáñez, de l'avoir forcé à acheter une maison très chère (63 500 dollars) en se présentant avec une équipe de télévision.
"J'ai fait beaucoup pour les mineurs, maintenant ils doivent se prendre en main", estime M. Farkas.
Super Mario en conférence
D'autres mineurs ont tout de même réussi leur retour à la surface, comme Mario Sepúlveda, qui avait été surnommé "Super Mario" pour l'étonnant enthousiasme dont il avait preuve lors de sa sortie, distribuant des pierres en provenance du fond de la mine en guise de souvenirs de vacances. Voir la vidéo :
Agé de 41 ans, il a monté une société pour donner des discours de motivation, s'attirant au passage la jalousie de certains des survivants. "Si je persiste et que je continue à travailler, peut-être qu'un jour je serai millionnaire", déclarait-il la semaine dernière avant de s'envoler pour le Costa Rica, tout en affirmant qu'il vient de vivre la pire année de sa vie.
Par Edouard Orozco Follow @edouard_orozco
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