Après avoir été l'exemple même du pragmatisme intelligible par le plus grand nombre, le slogan "travailler plus pour gagner plus" apparait ces derniers jours pour ce qu'il est peut-être : une pure position idéologique. Ce matin sur France Inter, on a pu entendre la patronne de la CGPME (syndicat des petites et moyennes entreprises donc) résumer sans rire qu'en gros la réforme était complexe et inapplicable mais qu'elle était bonne sur le plan moral. En clair : la défiscalisation des heures supplémentaires introduit dans les esprits qu'il va falloir bosser plus à l'avenir et c'est là une efficacité bien suffisante.
Au reste, les entreprises n'ont pas de raison de s'enthousiasmer outre mesure pour un dispositif complexe qui allège de 0,5 centimes d'euros à 1,5 € l'heure supplémentaire. "C'est surtout intéressant pour le salarié ; c'est une mesure de pouvoir d'achat, pas de compétitivité" rappelle aux Echos le Centre des jeunes dirigeants. Or le problème qui se pose au pays est la compétitivité de son appareil productif. Si l'on en juge aux éditos de la presse économique aujourd'hui, seules les entreprises à activités cycliques - celles dont le chiffre d'affaires est concentré sur un laps de temps assez court - en tireront profit et les secteurs où la main d'oeuvre manque : restauration, bâtiment. Côté syndicats de salariés, on estime que la réforme constitue surtout une aubaine pour défiscaliser des primes déjà existantes en les transformant en heures supplémentaires et qu'on perd simplement en financement des cotisations, qu'au passage, l'Etat doit casquer (5 milliards en année pleine).
Qu'en est-il du pouvoir d'achat ? On estime qu'un smicard effectuant 39 heures au lieu de 35 gagnerait au total 800 € de plus par an. Encore faut-il qu'heures supplémentaires il y est : dans les TPE de moins de 20 salariés, l'heure supplémentaire doit être majorée de 25 % au lieu de 10 % actuellement, une disposition socialement juste mais qui n'incitera pas les artisans à augmenter le temps de travail de leurs salariés. Certains ouvriers - dans la métallurgie ou l'alimentaire - ne pourront profiter du dispositif en raison des accords de branche qui privilégient les repos compensateurs. Après l'usine à gaz des 35 heures, voici l'usine à gaz des 39, bien que l'une ne remplace pas l'autre : Libé nous apprend ce matin qu'une entreprise peut profiter à la fois des nouvelles réductions et continuer à toucher les aides pour la réduction du temps de travail.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida
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