On avait expliqué récemment les différentes attitudes possibles chez les socialistes à propos du Traité constitutionnel européen modifié. Le bureau national a tranché mardi soir mais sans résoudre tous les problèmes, loin s'en faut. Le "oui" au Traité l'a emporté de 36 voix contre 20 ce qui montre que le clivage apparu au moment du referendum de 2005 est toujours opérant. Mais le point de tension principal est intact : oui ou non le parti socialiste acceptera t-il que la Constitution soit modifiée pour permettre la ratification parlementaire et donc éviter la tenue d'un referendum ? Sur ce point le secrétaire national François Hollande botte en touche, expliquant que les soicalistes verraient bien de quoi la réforme constitutionnelle (qui implique d'autres changements sur lesquels nous reviendrons) sera faite.
Pourtant la décision aurait pu couler de source : pendant la campagne présidentielle le parti et sa candidate Ségolène Royal étaient pour la tenue d'un nouveau referendum, celui-ci était inscrit au programme. Benoît Hamon a d'ailleurs démissionné hier du bureau national en raison du non respect de cette ligne de conduite. (edit 14H40 :Sur ce point, l'ancienne candidate précise aujourd'hui : J'entends dire certains que j'ai changé d'avis sur le référendum. Ce n'est pas exact. Je tiens compte de la situation pour avancer sur des convictions qui n'ont pas changé sans me réfugier derrière une question de procédure (importante) pour ne rien oser dire.")
Car le PS aurait pu à moindres frais faire valoir une cohérence dans son discours : nous sommes toujours pour le referendum c'est la condition préalable à toute discussion possible sur ce Traité. Marie-Noëlle Liennemann et Jean-Luc Mélenchon par exemple voyaient l'occasion rêvée de faire montre d'opposition puisque l'accord des 3 cinquièmes des parlementaires (et conséquemment des élus de gauche) réunis en Congrès est nécessaire à toute modification.
Certes, un nouveau rejet du Traité serait critique pour la construction européenne. Mais de deux choses l'une : soit on continue de faire de l'Union un débat d'experts sur le modèle du Traité de Nice, soit on croit en la nécessité d'une légitimité démocratique de toute avancée, comme ce fut le cas en 2005. C'est aux hommes politiques de tirer les leçons de l'échec et d'en assumer les conséquences.
Une consultation démocratique n'est pas une cerise qu'on pose sur le gateau d'un consensus acquis par avance mais représente le risque que prennent les élus et dirigeants sur
le pouvoir de conviction qu'ont leurs idées. Il est vrai qu'en la matière le PS a reçu ces derniers temps quelques sévères désillusions. Pas plus que le Chef de l'Exécutif il ne souhaite aujourd'hui affronter ces angoissants électeurs capables de tous les camouflets.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida