Toi le jeune

19/03/2007 - 15h52
Toi le jeune
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De Almeida Daniel
Daniel De Almeida
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François Bayrou au Salon de l'étudiant, Nicolas Sarkozy en pleine emphase lyrique en meeting, les oreilles de la jeunesse ont sifflé ce week-end. Car le vote des classes populaire n'est pas la seule source d'inquiétude pour les candidats à l'Elysée, celui des jeunes est lui aussi générateur d'angoisses. Les 18/25 ans sont habituellement plus abstentionnistes que le reste de la population mais plusieurs études ont montré un regain d'intérêt pour la politique à la faveur de cette campagne. En 2002 aucun des trois candidat les mieux placés n'avait réussi à faire la différence chez les 18/30 ans. Or le jeune c'est quelque 15 % de l'électorat et c'est la part la plus insaisissable, celle dont la culture politique est la moins fixée et donc susceptible d'évoluer rapidement. Comment, alors, s'adresser à lui ?C'est parce qu'ils abordent généralement la problématique sous son pur aspect générationnel, qu'à mon avis, les politiques se plantent souvent - les clins d'oeils appuyés de quinquagénaires ambitieux quand j'étais moi-même jeune m'ont toujours semblé pathétiques. Ainsi Ségolène Royal fit vibrer à Villepinte la corde sensible, assurant en mère aimante vouloir faire pour tous les jeunes ce qu'elle souhaitait pour ses propres enfants, et Nicolas Sarkozy hier a invité tout le monde à faire de beaux rêves sans trop insister sur les modalité d'aide à la réalisation qu'il pourrait éventuellement mettre en oeuvre - sur ce point la candidat socialiste a été plus loquace soyons honnêtes.

Cette approche, qui mélange affection et complicité maladroite - souvenez-vous que Royal nous épargna de justesse une citation de Diam's - pense la jeunesse comme une expérience univoque que tous vivraient à peu de choses près de la même façon. Or, les fractures sociales et politiques sont aussi profondes chez les 18/25 ans que dans le reste du corps social : un jeune sans diplôme ne dresse pas forcément les mêmes constats qu'un étudiant de deuxième cycle parce qu'il ne vit pas les mêmes problèmes. Pour reprendre la comparaison avec 2002, les non-diplômés s'étaient plus massivement tournés vers Jean-Marie Le Pen. Les liens de solidarité qui pourraient exister au sein de la jeunesse tiennent aussi du fantasme : les enfants des classes moyennes qui défilèrent contre le CPE ne se sont pas sentis concernés par les émeutes banlieusardes de 2005 et ni les modes d'actions ni la profondeur du malaise ne sont comparables. Ce n'est pas parce que la banlieue est devenu le plus puissant réservoir à fantasmes esthétiques (fringues, musique...) que tous partagent des idées et des valeurs communes - sur ce dernier point l'antiracisme supposé des jeunes est tout aussi utopique. Quand sur Skyrock, un animateur pour jeunes (qui a au moins 40 ballets) demande à Sarkozy s'il regrette le mot "racaille" surfant sur un sentiment d'appartenance communautaire supposé, avant de lui demander s'il connait le sens du mot "oinj", il fait de manière involontaire un vrai acte politique : rappeler qu'en général on prend le jeune très banalement pour un con.

 

 

 

Par Daniel De Almeida

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