
Que serait Tintin s'il vivait dans le monde d'aujourd'hui ? Un monde sans soviets ni colonies, où les célèbres grands reporters se comptent sur les doigts d'une seule main et où l'on a déjà marché sur la Lune ? C'est ce qu'a tenté d'imaginer le professeur de littérature Antonio Altarriba, qui a publié en espagnol Tintin et le lotus rose (Tintin y el loto rosa). Rien à voir avec le sceptre d'Ottokar ou les sept boules de cristal. Aujourd'hui, Tintin travaille pour la presse people, le capitaine Haddock est alcoolique (en même temps, il l'a toujours été) et le Professeur Tournesol est à l'asile. Et Milou est mort. "Je dépeins un héros crépusculaire, affirme l'auteur. Dans ma fiction, Tintin est en crise existentielle, il suit une psychanalyse car il souffre du syndrome du protagoniste déchu." Avec tout cela, on s'éloigne du petit journaliste asexué des anciennes aventures. Dans le Lotus rose, Tintin est un amant insatiable, dragueur et va même jusqu'à connaître bibliquement Catherine Deneuve (pourquoi pas la Castafiore ?). Là où les héritiers d'Hergé, de la société Moulinsart, accusent Antonio Altarriba de pervertir l'essence même du personnage créé par leur ancêtre, l'auteur basque y voit plutôt une façon de renouveler la BD et de lui redonner du souffle : "Les héritiers imposent une lecture unique du récit. Leur censure est une atteinte à la créativité". Moulinsart a obtenu très récemment le retrait du Lotus rose des ventes. Mais en Espagne, l'éditeur se frotte les mains, heureux de voir la polémique gonfler ses chiffres avant la mise en application du jugement.