The Oatmeal : quand l'homme triomphe de l'internet Légende des internets

11/07/2012 - 10h34
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Comment un blogueur plagié et accusé en diffamation l'a finalement emporté haut la main sur un site au modèle économique suspect. Non sans panache.

L’histoire, à la base, est on ne peut plus banale. FunnyJunk, un site créé en 2001 et spécialisé dans le partage de contenus (principalement des images, des GIFs animés et des vidéos) à visée humoristique, pompe quelques planches de bandes dessinées tout simplement tirées d’un blog, The Oatmeal. Sauf que ce blog se trouve être la propriété de Matt Inman. Un personnage haut en couleur, dont l'une des caractéristiques notables est d'être aussi affable qu’il peut être acerbe. Sur son site, donc, notre homme compile ses dessins à forte connotation absurde sous la forme d'aperçus de tranches de vie quotidienne, de listes de conseils ou de guides de survie. Dans le genre qui ont plutôt bien marché, "Pourquoi il ne faut pas donner de cocaïne à son T-Rex maison" ou "Cat vs internet" font figure de références.



Le problème est que cette dernière fait partie des planches d'Inman agrégées sans crédit, aucun lien et zero contrepartie sur FunnyJunk par des utilisateurs peu regardants des droits d’auteur. Certes ces dessins représentent une infime partie du contenu du site web qui totalise près de 20 millions de pages vues et plus de 56 000 utilisateurs connectés pour le seul mois de mai 2012, mais tout de même. Inman l'a sacrément mauvaise. C'est que le succès du site est basé sur un principe des plus douteux. FunnyJunk est ce qu'on appelle un agrégateur de contenus. C’est à dire que celui-ci n’est ni produit, ni géré par une équipe éditoriale. Cela signifie que n’importe quel pékin peut donc proposer n’importe quelle image ou vidéo humoristique. Car quand bien même FunnyJunk n'omet pas de préciser dans ses conditions d’utilisations qu’il faut avoir préalablement obtenu les autorisations nécessaires avant de copier un contenu, il ne semble pas forcément très à cheval sur l'application des dites conditions. Voila en somme, pourquoi dans un billet sur son site en juin 2011, Inman a alors résumé le concept à sa sauce et s’est ouvertement payé la tête des dirigeants, fatigué de voir ses productions pompées sans aucune compensation.

"Voyez comment FunnyJunk fait son business :

  1. Récupérez des images marrantes sur le net
  2. Hébergez-les sur FunnyJunk
  3. Tartinez-les de publicités
  4. Si quelqu’un signale une infraction au droit d’auteur, levez les deux mains et dites que ce sont vos utilisateurs qui ont envoyé les images, que vous n’avez rien à voir dans l’histoire.
  5. Encaissez l’argent de la pub gagné sur le dos des artistes volés"

Philantrophy > douchebaggery

Face à la défiance du blogueur, FunnyJunk a retiré une bonne partie des BD incriminées. Mais pas suffisamment à ses yeux puisqu’il a de nouveau poussé une gueulante, à la suite de laquelle FunnyJunk et son avocat David Carreon ont décidé peu pressés, presque un an plus tard, de lui réclamer 20 000 dollars de dommages et intérêts, fâchés de la mauvaise réputation que leur colle à la peau l’histoire qui s’éternise. En représailles, Inman a reproduit la lettre reçuepour y répondre, point par point, arguments à l’appui, tout en continuant de se moquer ouvertement de son expéditeur. Malmenant au passage les arguments douteux du site et de son avocat selon qui The Oatmeal serait trop bien référencé par Google pour que ce soit honnête ou encore que son code source cacherait en réalité de mauvaises intentions à connotations sexuelles.

Concernant les 20 000 dollars, Inman explique alors qu’il va tenter de les rassembler grâce aux dons de ses lecteurs, puis qu’il prendra en photo la somme amasséeavant de l’envoyer à la partie adverse moyennant un dessin de leur mère dans une situation peu avantageuse avec un ours Kodiak. Bonne âme, Inman prévoit enfin de reverser la moitié de la somme à des associations américaines pour la protection de la faune ou la recherche contre le cancer.

Reste qu’Inman n’avait pas vraiment prévu la portée qu’aurait l’histoire et qu’il ramasserait au final plus de 200 000 dollars en espèces, de la part de ses sympathisants. Au total, 211 223,04 dollars ont échoué dans l’escarcelle d’Inman, désormais en mesure de s’acquitter de sa promesse. Une fois de plus, il l’a fait selon un certain style. Sans oublier de faire passer un message à l’adresse de FunnyJunk qui semble l’avoir bien reçu puisque quelques heures à peine après la publication des photos d’Inman, le site faisait déjà part de cette nouvelle péripétie, tout en créditant désormais l’auteur des clichés. La morale est presque sauve.


(Crédit photos : The Oatmeal)

Par Benjamin Hue
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