Jusqu'à présent tout allait à peu près bien. Le discours sur l'efficacité et le pragmatisme économique permettait aux ministres de gauche de participer au gouvernement Fillon sans trop de gêne. Après tout, n'était-ce pas le parti socialiste qui pêchait par incapacité à comprendre le réel, les Français n'avaient-ils pas clairement exprimé leur souci de voir la pratique l'emporter sur l'idéologie ( de tous temps un gros argument de la droite) ? Sauf qu'argument commode, le réalisme économique n'est pas encore l'alpha et l'omega de la politique. Certains dossiers, comme l'instauration du test ADN (même de manière expérimentale et basée sur le volontariat) dans la gestion des flux migratoires, transpirent plus nettement l'idéologie de droite.
Du coup il convient de prendre ses distances et faire preuve d'un solide sens de la nuance. Dimanche soir, Bernard Kouchner donnait le tempo : " Ca ne me plait pas mais ça ne me choque pas". Il aurait carrément pu expliquer qu'il s'en tapait ce qui eut le mérite de la franchise. Fadela Amara lui a emboîté le pas mais avec ses mots à elle comme toujours. "Il faut qu'on soit beaucoup plus cool que ça", a t-elle préconisé lundi. Yo !
A notre connaissance personne n'a demandé son avis à Jean-Marie Bockel pas vraiment considéré comme un homme de gauche finalement. Moins en tout cas que Martin Hirsch, qui a jugé utile de prendre lui aussi quelque distance mais a attendu que l'amendement soit voté à l'assemblée pour exprimer ses réserves. Il compte donc "sur le Sénat pour ne pas s'engager dans cette voie". Plus à droite que l'assemblée, la Chambre ne devrait pas retoquer un texte qui repassera de toute façon devant les députés. Seul le Conseil constitutionnel, que le parti socialiste entend saisir pourrait éventuellement rejeter le texte.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida