
Dans le dernier épisode de South Park diffusé hier aux USA, il était enfin question de Wikileaks. C'est que, pour ceux qui ne suivraient pas le dessin animé depuis plusieurs années, il s'est progressivement transformé de blague de potache politiquement incorrecte à blague de potache ultra-politisée (et toujours "incorrecte"). Du coup, quand aujourd'hui South Park fait un épisode sur Britney Spears, ce n'est pas qu'un ramassis de blagues scatologiques et gores, c'est aussi "une condamnation du culte de la célébrité".
On attendait donc un peu inévitablement l'épisode de South Park sur Wikileaks, d'autant plus qu'a priori la série partage avec l'organisation de Julian Assange les mêmes valeurs libertariennes. L'épisode qu'on a pu voir hier , malheureusement, était plutôt décevant.
Assange est un rat
Résumé et spoiler de l'épisode : la tranquilité de la petite ville de South Park est troublée par le site "The Eavesdropper" qui révèle les secrets personnels de ses habitants. Les enfants décident de démasquer son auteur et découvre que c'est... un rat qui s'appelle Wikileaks et qui arbore une chevelure à la Julian Assange. Enfin c'est une gerbille, mais en anglais un "rat" c'est ce qu'on appellerait une taupe ou un corbeau chez nous. Bref, l'épisode est basé sur un jeu de mot un peu mauvais, et se termine à peu près aussi mal qu'il avait commencé, sans qu'on ne rit vraiment à aucun moment. C'est aussi ça, South Park aujourd'hui, il faut le savoir.
South Park ne saurait pas se moquer de lui même ?

Le gros problème de l'épisode, c'est qu'il ne sait pas vraiment aller au delà de l'analogie Wikileaks = site de ragot. Même en restant dans cette analogie, il y aurait sans doute eu des choses plus drôles à faire en confrontant Julian Assange et Perez Hilton, justement. Ou encore de montrer comment le gouvernement des Etats-Unis à se comporte comme une star dont on a vu les seins sur TMZ.
Mais avec Wikileaks, les créateurs South Park, Trey Parker et Matt Stone, sont hors de leur zone de confort. Ils sont libertariens, ce qui veut dire qu'ils croient en la liberté individuelle absolue : ils pensent par exemple que vous avez tout à fait le droit d'être gay, mais aussi qu'ils ont tout à fait le droit de vous traiter de "faggot". Cette position est devenue un axe central de la série, au point que face aux clairement démocrates Simpsons (bien qu'eux soient capables d'autodérision), on se soit mis à parler de "South Park republicans" (au grand dam de certains conservateurs et des créateurs de la série, bien sûr).
Ils sont donc tout à fait à l'aise pour moquer ce qu'ils perçoivent comme l'hypocrisie du politiquement correct, mais ils le sont beaucoup moins quand ils font face à un autre libertarien comme Julian Assange. Entre sa vie personnelle "chaotique" et les absurdités où peuvent pousser les idées libertariennes prévalentes chez Wikileaks, Wikipedia ou certains membres d'Anonymous, il y aurait pourtant matière à moquerie.
Par Cédric Le Merrer Follow @GoldfishFight