Ségolène Royal et le militant à vingt balles

22/10/2007 - 11h23
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Ségolène Royal et le militant à vingt balles
L'auteur
De Almeida Daniel
Daniel De Almeida

 

Intéressant entretien de Ségolène Royal dans Libé du jour. Elle y fait beaucoup référence au modèle italien et l'élection de Walter Veltroni à la tête du tout nouveau parti démocrate.Bien sur, le rapprochement entre communistes et centristes que formalise le PD peut servir de laboratoire au socialisme français.

 

Mais c'est surtout le fait que Veltroni ait été élu par 3 millions de sympathisants qui intéresse Royal. Sans réseau bien établi, Ségolène Royal aura besoin de toujours plus de nouveaux militants pour percer à l'intérieur du parti. Les fameux adhérents à 20 € ont vraisemblablement été pour beaucoup dans sa victoire aux primaires socialistes il y a un an. Ignorant tout des différents courants à l'intérieur du parti et d'une parti de sa culture politique historique, il n'est pas étonnant qu'ils aient penché lors des primaires pour une candidate aussi peu conventionnelle qu'eux sur ces deux points.

 

C'est cette logique d'ouverture à ceux qui sont finalement plus des sympathisants que de nombreux socialistes déplorent aujourd'hui. Sur le plateau de Ripostes il y a quelques semaines (et dans ), Lionel Jospin estimait qu'on avait renoncé à faire de la politique et posait à haute voix cette question : où sont-ils aujourd'hui les adhérents à 20 € ? En ouvrant grand les vannes aussi bien côté programme - avec la fameuse démocratie participative et un pacte présidentiel qui contenait pas moins de 100 propositions fourre-tout - que côté inscriptions, les socialistes ont déstabilisé les quelques fondements déjà vacillants qui leur restaient. Sans pour autant gagner quoi que ce soit en retour, si ce n'est un succès populaire finalement aussi restreint qu'éphémère.

 

Croire que faire voter plusieurs millions de personnes pour établir un leader est la solution miracle est à mon sens illusoire. Le cliché de l'opinion à un instant T, sans réel enjeu électoral, ne peut être interprété comme un geste politique déterminant : la perspective de voir une femme se présenter à l'élection présidentielle aurait poussé quatre millions de personnes à plébisciter Royal avant de voter Nicolas Sarkozy ou François Bayrou au soir du premier tour. On défend rarement ici les structures partisanes mais ce sont pourtant d'elles qu'émergent les personnalités politiques, pas des clubs de supporters versatiles.

 

Dans Libération toujours, on apprend d'ailleurs qu'une bonne partie des néo-militants évanouis se sont fait la malle et n'ont pas repris leur carte. Une fois la fête terminée, qui a envie de se coltiner les réunions de sections, les Congrès et le travail ingrat de la reconstruction ?

 

Certains d'entre eux auraient filé au Modem voir si l'herbe est plus verte et elle l'est assurément, même si on peut craindre qu'en dehors d'une élection présidentielle, la base militante forte de quelque 45 000 sympathisants bayrouistes soit en sommeil elle aussi. On ne gagne pas d'élection sans parti et on ne fait pas de parti sans militants engagés, dévoués, ce qui veut dire capables de s'emmerder beaucoup, d'être souvent déçus et pourtant continuer. Militer c'est chiant. Un investissement un peu plus lourd que 20 € balancés dans la caisse.

 

Par Daniel De Almeida

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