Dans le grand maelström des réseaux sociaux, Second Life fait toujours figure de précurseur. D'abord, parce que chaque vertu et chaque vice du monde réel y sont représentés, ensuite parce que personne n'essaie de faire croire qu'il est réellement celui qu'il prétend être. Et pour cause, l'avatar tient sur Second Life le rôle qu'il devrait aussi tenir sur MySpace ou sur Facebook, à savoir celui d'un avatar, ni plus, ni moins, et non l'émanation parfaite d'un individu de chair et d'os. On nage en plein baratin, on le sait, et c'est finalement pas plus mal. Et surtout moins hypocrite que toute autre fiche de présentation sur les divers autres réseaux sociaux, sans même parler des fiches de présentation sur Meetic...Pourtant, bizarrement, au lieu de profiter de cette aubaine et se livrer à toutes les excentricités, les gens qui se promènent sur Second Life ne trouvent rien de plus intelligent à faire que d'être, à peu de choses près... les mêmes. L'ennui devient ainsi gage de réalité. Plus on se fait chier, finalement, plus c'est réel, non ?Heureusement, quelques grands esprits égarés sur ces terres virtuelles pour des raisons obscures trouvent, une fois tous les 800 ans, quelque chose d'intéressant à faire. C'est le cas du dénommé AM Radio, qui après être intervenu sur Second Life en concevant des environnements ultra-réalistes (illustration à droite - cliquez ici pour vous y téléporter), a décidé de pousser un peu plus loin son art de la reconstitution en proposant une expérience picturo-historique inédite.
En se rendant à ce point de coordonnées, le visiteur de Second Life se retrouvera en effet nez à nez avec la fameuse baignoire de Marat, vide, dans laquelle il pourra se glisser pour revivre son assassinat par Charlotte Corday le 13 juillet 1793. La différence, bien sûr, c'est que tout ça n'a esthétiquement pas grand chose à voir avec la peinture de Jacques-Louis David, qu'une baignoire au milieu d'une forêt, ça fait un peu bizarre, et enfin, que peu importe qui se glisse à l'intérieur pour vivre l'émotion intense de l'assassinat, il s'agira de toute manière du dernier des hommes à s'engager pour de vrai dans la moindre révolution ici et maintenant.Mais oui, souvenez-vous ! Si révolutionnaire il y a sur Second Life, c'est évidemment pour de faux...La conclusion, artistiquement parlant, c'est peut-être que transformée en parc d'attraction, démultipliée à l'infini, on cherche à nous faire comprendre que la mort de Marat, malgré la toile de David, malgré les livres d'histoire, n'a définitivement servi... à rien.
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