Intéressante chronique de Bernard-Henri Levy consacrée à Nicolas Sarkozy (aucune ironie ici) dans le supplément littéraire du New-York Times. Le papier est paru à l'occasion de la sortie de Témoignage (Testimony) outre-Atlantique.Après une introduction un peu convenue sur les liens entre littérature et politique dans l'Hexagone (et un titre tout aussi convenu sur un "Bonaparte new-look"), BHL explique comment le nouveau président peut créer un très ambigu mélange de fascination/répulsion. D'un côté son enthousiasme, son pragmatisme décomplexé, une certaine franchise dans le discours et une politique étrangère respectable. De l'autre, un cynisme dans la manipulation tous azimut de références politiques qu'il ne partage pas - Leon Blum, Jean Jaurès... - l'utilisation de victimes à forte valeur symbolique à des fins de marketing politique - Guy Mocquet, Ingrid Bétancourt - et, plus grave, un fond réactionnaire flippant.Parce qu'il veut en finir avec une certaine dépression française, Sarkozy minimise l'ampleur de la collaboration et du zèle du régime de Vichy, parle de "mission civilisatrice" concernant la colonisation notamment en Algérie et martèle son désir de renouer avec la fierté d'être Français. Sa manière de refuser toute analyse sociale des émeutes de 2005 pour n'y voir que délinquance est du même acabit.
Sarkozy est pour BHL un homme sans mémoire. L'écrivain finit sur cette ambiguité : "Il y a un étrange sentiment à avoir un président dont autant de choses semblent rassembler (sa politique étrangère, sa générosité, son style) et autant d'autres qui divisent profondément (sa vision de la France, sa mémoire, son cynisme)"
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida