Rupture tranquille avec la Cinquième République...

28/03/2007 - 12h02
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Rupture tranquille avec la Cinquième République...

"Ainsi la VI ème République réalise un déplacement du centre de gravité du lieu des décisions politiques. D'un homme seul imposant aujourd'hui sa décision présidentielle indiscutée et indiscutable aux autres pouvoirs, la VIème République rééquilibre et organise devant le pays une mise en partage des problèmes et une mise en délibération des décisions." Par cette formule extraite d'une tribune dans Libération, Arnaud Montebourg résume bien toute l'ambiguité qu'il y a à vouloir réfonder une République sans en défaire le socle : l'élection au suffrage universel direct du Président de la République. Tout au long de son texte, Montebourg ne manque ni d'emphase ni d'un certain nombre d'arguments pour rappeler à quel point nous sommes prêts d'un grand renouveau institutionnel si Ségolène Royal est élue: abrogation du 49-3 et restriction du recours aux ordonnances côté réforme de l'Exécutif Roi, dose de proportionnelle dans les élections législatives et meilleure prise en compte de l'opposition dans le jeu parlementaire ( la Commission des finances lui reviendrait), côté citoyen droit de pétition et droit de provoquer des referendums d'initiative populaire... Certes, ces aménagements ne sont pas anodins et redonneraient probablement du souffle à un système asthmatique, mais la clef de voute d'une véritable révolution insitutionnelle serait la fin de l'élection présidentielle telle que nous la connaissons et l'irresponsabilité quasi-constitutionnelle d'un Chef de l'Etat en roue libre - Jacques Chirac aura incarné cette posture de manière presque poétique pendant deux mandats. Sacralisée depuis charles de gaulle et systématiquement renforcée depuis, notablement par François Mitterrand, la figure présidentielle est le visage de la démocratie représentative : cette élection reste d'ailleurs la plus prisée avec les municipales par le corps électoral. Les candidats sont donc réticents à une trop lourde refonte du système, perspective anxiogène s'il en est : peu au fait des rouages institutionnels, les Français ne vivraient -ils pas comme un déni de démocratie la fin du suffrage universel ?Personne pour prendre le risque d'indiquer qu'il n' y a aucun autre exemple similaire au nôtre dans toute l'Union - comparaison qu'on hésite moins à faire quand il s'agit de dézinguer les 35 heures ou vanter les charmes de la négociation sociale mais passons... Comme on le voit Royal et son camp ne disent rien, Nicolas Sarkozy privilégie le rôle du président parce que justement il est élu et les quelques mesurettes qu'il propose (un chouia de proportionnelle) modernisent autant qu'elles renforcent la Cinquième. Même François Bayrou dont on dit qu'il serait le plus audacieux sur le renouvellement institutionnel n'ose pas aller jusque là et on ne trouve guère que Marie-George Buffet pour demander un suffrage universel indirect. Mais alors que l'opinion serait prête à imaginer un gouvernement de coalition, à accepter l'idée du compromis constructif plutôt que l'affrontement - une pratique politique qui est pirivilégiée dans le fonctionnement de l'Union européenne soit dit en passant - on peut penser qu'elle est prête à la fin du mythe de l'homme providentiel. Sans quoi, il convient de parler de Vème République ter plutôt que de Sixième, comme le fait à juste titre Alain Duhamel. Cette appellation assez moche reflète en effet bien mieux le courage relatif des candidats sur cette question. Sur le mag politique : synthèse des propositions institutionnelles des douze prétendants.

Par Daniel De Almeida

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