
Lancée au printemps 2008, la revue Ravages aborde l'actualité dans un format trimestriel à contre-courant de la dictature du temps réel imposée par le net, en mêlant points de vue de sociologues, de philosophes ou d'écrivains.
Au programme du dernier numéro, consacré à la Neuropolice : une interview des fondateurs des Big Brother Awards, un article de Catherine Vidal sur la neurojustice et une analyse de Noam Chomsky sur la police financière. Flu en a profité pour faire le point avec un des co-fondateurs, Isabelle Sorente.
Fluctuat : Après quatre numéros, quel bilan tirez-vous du projet Ravages et du parti pris d'être publié en librairie ?
Isabelle Sorente : C'est une aventure qui commencé avec quelques-uns : le journaliste Frédéric Joignot, l'écrivain Georges Marbeck, un proche de Deleuze, et moi-même. On avait envie de créer un objet où l'on pouvait croiser différents regards, de sociologues, de philosophes, sur ce qui nous ravage. Par exemple "Pathologies de la République" dans notre premier numéro, "Infantilisation générale", ou "Tous des bêtes". Quand on compare les abattoirs pour animaux aux suicides à France Telecom ou aux licenciements de masse, dans le numéro "Tous des bêtes", un article de Jocelyne Porcher qui a beaucoup fait parler, ça vous poursuit intérieurement.
La parution en librairie et le côté livre-objet nous intéresse, le côté artistique, représenter toutes ces pensées. On est sur l'actu de fond, on veut pouvoir être relu quelques mois plus tard, comme le papier sur la Berlusconite qu'on a plaisir à relire avec l'affaire Ruby.
Le premier numéro de Ravages vous a placé dans une posture anti-Sarkozyste, avec cette caricature provoc' en couverture. Vous n'avez pas peur de ne prêcher que des convertis avec ce positionnement ?
Je ne pense pas. Ce n'est pas la critique de Nicolas Sarkozy qui nous intéresse, mais cette évolution du storytelling. On a le président qu'on mérite et on voulait comprendre quel mouvement de fond nous a amené à ça. On essaie d'analyser les transformations très rapides de notre monde. Quelque soit notre couleur politique on peut s'interroger sur la société qu'on veut.
Dans le dernier numéro de Ravages, vous vous penchez justement sur la question de la Neuropolice... Sur la Neuropolice, on voit la tendance à repérer la délinquance le plus tôt possible, et la recherche de la performance du corps humain. Les deux choses se rejoignent. On arrive à un moment où la technologie prend le contrôle sur la matière vivante. Faut-il y inclure la psyché ? C'est la question qui se pose.
Le prochain numéro, qui paraîtra en avril, s'intitulera lui "Sale Race". On y retrouvera des auteurs étrangers qui nous donneront leur regard sur le racisme.
Lire aussi : "Comment résister à la surveillance générale", un article du dernier numéro de Ravages publié sur Fluctuat.
Ecrivaine et reporter, Isabelle Sorente vient de publier un essai intitulé Addiction Générale, où elle dénonce l'intoxication par les chiffres, qui "masquent les phénomènes naturels et altèrent notre rapport au réel".
Par Edouard Orozco Follow @edouard_orozco
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