
Comme le pétrole, le gaz ou le charbon, les stocks de métaux de la planète sont finis et promis à une pénurie inéluctable. Philippe Bihouix, co-auteur du livre Quel futur pour les métaux ?, détaille pour Fluctuat les conséquences futures, notamment pour la sacro-sainte croissance verte.
Les métaux sont au coeur du processus de fabrication de nombreux objets du quotidien. Du timoré avènement des énergies propres au grand boum de la high-tech, ils sont incontournables pour le développement de notre société. Centralien et ingénieur, Philippe Bihouix a travaillé sur le sujet avec son compère Benoît de Guillebon. Dans le livre Quel futur pour les métaux ?, ils tirent un bilan et dressent les enjeux économiques et sociaux de l'exploitation de ces ressources. Décryptage.
Fluctuat : Pourquoi cet intérêt pour les métaux ?

Philippe Bihouix : On parle souvent de pétrole, de charbon et de gaz alors que les métaux ne sont pas du tout traités. Il semblait important d'informer le grand public autour de ce sujet inconnu et pourtant majeur. Je me suis intéressé aux métaux à partir de 2000. J'ai travaillé dans plusieurs secteurs professionnels, j'ai amassé beaucoup d'informations et je voulais partager toutes ces connaissances.


Dans le cadre d'un congé sans-solde, j'ai travaillé en tant que chef de mission en République démocratique du Congo au sein d'une Ong de logistique humanitaire. Là-bas, j'ai découvert l'envers du décor des métaux dans les régions de Lubumbashi et du Katanga, zones où sont exploités le cuivre, le cobalt et le manganèse. Ce pays est emblématique à cause des conséquences de l'exploitation acharnée des ressources minières. La pauvreté et l'inégalité sont une forme de révélateur.
Le pic de production de certains métaux est déjà dépassé ?

Oui, celui de l'or a été passé dans les années 2000. Nous en étions à 2400 ou 2500 tonnes de production annuelle et depuis nous produisons moins malgré d'importantes missions d'explorations. La chose n'a pas fait de bruit car moins de 10 % de la production d'or est dévolue à l'industrie. Par contre dans les banques, les Napoléons et lingots représentent plus que ce qui reste sous terre.
Les métaux occupent une place centrale dans les technologies vertes. Est-ce que des problèmes de pénurie sont à prévoir pour ce secteur ?

La manière dont on gère est calculée en nombre d'années de production, mais si la consommation augmente, le nombre d'années baissera. Dans les technologies vertes ce mécanisme va être énorme, il y aura beaucoup de demande en indium, lithium, tantale, palladium. Et il ne s'agira pas d'un petit pourcentage. 
Nous avons, par exemple, entre 50 et 100 ans de réserves en lithium. Et si la voiture électrique dont les batteries ont besoin de ce métal s'impose, il n'y aura pas assez de lithium pour que tout le monde puisse rouler avec ce type de véhicule !
La croissance verte risque donc d'être remise en question ?

La croissance verte est un cache sexe supplémentaire pour tenir un petit peu plus longtemps, habiller un peu le système en faisant le pari du tout technologique. Et, malheureusement, c'est un ingénieur qui vous le dit, mais il faut regarder les choses en face : plus de métaux sont utilisés, ils sont rares et très purs, on pioche de plus en plus vite dans les stocks. Je ne suis pas contre la croissance verte, mais nous sommes des milliards de consommateurs, et nous devrions opter pour une décroissance choisie. Sans ça, nous allons vers de nouvelles crises.
Propos recueillis par Guillaume Roche

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