Les Verts auront été de loin ceux qui auront le plus fait les frais de cette campagne présidentielle. Certes tous les partis de gauche ont subi l'effet vote utile mais les communistes paient aussi surtout leur aventurisme politique : la gauche antilibérale ne s'est pas fédérée autour deMarie-George Buffet et il est probable qu'un certain nombre de militants historiques n'ont pas compris le positionnement du PCF qui est d'ailleurs tout sauf clair , avec l'espoir de ramasser quelques miettes des socialistes.
Mais revenons aux Verts : si on passe outre leur incapacité à planquer ne serait-ce qu'un peu la cuisine interne, les écologistes ont mené une campagne digne basée sur un programme dense mais dont Dominique Voynet ne sut faire émerger quelques lignes force. Contrairement à ce qu'on a voulu croire - nous compris - l'environnement n'a pas été réellement un enjeu dans cette campagne : l'écologie fait chier tout le monde, les politiques autant que leurs électeurs et tous ont vu dans le pacte écologique de Hulot la possibilité de régler la question avec un beau symbole télégénique. L'écologie est politique au sens où elle demandera des efforts collectifs d'ampleur et où elle suppose d'accepter de nouveaux modes de consommations, de taxation et de régulation. Mais personne n'est prêt à abandonner ses obsessions au profit de sa survie : "l'humanité occidentale s'était rendu compte qu'elle n'était prête à rien pour s'acheter un avenir", écrit mon ami Benjamin "Myosotis" Berton dans Foudres de guerre. L'environnement a été une "tocade électorale" comme on s'entiche à l'occasion de produits bios ou estampillés "commerce équitable. Les Verts ne servent que d'alibi aux socialistes et quand on leur trouve meilleur publicitaire, il sont très ouvertement méprisés.Aujourd'hui, Dominique Voynet se dit déçue de l'attitude des socialistes qui évidemment n'ont pas de temps à perdre en négociations avec les ex-alliés de la gauche plurielle. Les Verts menacent sans y croire de présenter des candidats partout aux législatives et finiront probablement pas trouver un accord qui leur garantira quelques circonscriptions. Mais il n'est pas sur que cette stratégie soit payante : nombre d'électeurs écolos ont voté François Bayrou au premier tour et globalement les Verts sont plutôt à l'aise avec les partenaires socio-démocrates partout en Europe, Cohn-Bendit le rappelle dès qu'il le peut. Quelle que soit l'issue des tractations du moment, il est probable qu'une nouvelle force politique de centre gauche émerge dans les mois à venir - sur les cendres du PS ou à la gauche de l'UMP. Les Verts ont une carte à jouer dans un tel ensemble et ce quel que soit le dosage; ils devraient pour cela se débarrasser de la tutelle socialiste à laquelle ils n'apportent rien et dont ils patissent lourdement.
Sur Flu le mag : Les Verts doivent-ils s'émanciper ?
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida