
- Entretien avec les producteurs de Gaza Sderot- Dans les archives : Focus sur le web documentaire- L'actu de la web tvsur Fluctuat-
(à partir du 22 avril)Imaginez un format qui satisferait l'appétence des reporters pour l'investigation de fond, une diffusion multimedia furieusement moderne, tout comme le serait la possibilité de nouer de réelles relations avec le spectateur/lecteur/internaute. Ce format existe, il s'appelle le web-documentaire et depuis maintenant plusieurs mois, il nourrit tous les espoirs des journalistes. Prison Valley est la dernière production en date du genre, et à notre connaissance la tentative la plus aboutie.David Dufresne et Philippe Brault ont sillonné pendant 15 jours, un coin du Colorado où on ne connaît qu'un business mais que l'on connaît très bien : la prison.Dans le petit comté de Fremont, 56 000 âmes, qui faillit devenir la capitale universitaire de l'Etat, près de 20 % de la population vit derrière les barreaux de l'un des 13 pénitenciers. Les autres {en} vivent : Hotellerie, restauration, supérette, lavage de voitures, il faut bien nourrir, loger, laver tous les visiteurs et le personnel de l'administration carcérale.Pour nos 2 journalistes, Fremont pourrait être le laboratoire social où s'invente sous nos yeux le monde de demain. Celui où 1 % de la population vit en prison et où l'Etat cède au privé la gestion d'un business à la croissance florissante et aux emplois stables ( on ne délocalise pas un prison, et comme le dit le sherif dans le film, {« on ne libère pas les prisonniers en cas de récession »}. Dufresne et Brault sont donc partis deux fois sur place, une première pour réaliser une vingtaine d'entretiens, une deuxième pour tourner le film. Enfin, tourner : filmer, écrire et faire des photos, car Prison Valley c'est à la fois un film de 59 minutes, des diaporamas photos, et tout un tas de petits films disséminés au sein d'un parcours web, et même de différents parcours web. {« L'écriture qui s'en rapproche le plus est celle du jeu-vidéo »}, résume David Dufresne.De fait, Prison Valley fonctionne comme une succession de "tableaux" : au long d'un récit structuré par le documentaire, on peut bifurquer, choisir d'en apprendre plus sur tel ou tel personnage, ou discuter sur les forums d'un thème développé dans le film. {« Il y a une narration documentaire classique car le film est aussi une fin en soi, on peut aller plus loin sur un personnage ou dans l'histoire, le web permet cette lecture prolongée. En tant que journaliste on s'efface totalement : si un personnage t'a intéressé tu peux même l'interpeller. La question c'est comment les gens vont faire l'expérience de cela »}, indique encore Dufresne.Prison Valley est donc un road movie au sein du Colorado tout autant qu'à l'intérieur des usages web en cours : vidéo, discussion, « data » (le site est plein de statistiques qu'on peut filtrer selon sa recherche) et même interpellation des personnages du film à qui l'on peut poser des questions (pas à tous).On peut revenir quand on le souhaite à la chambre de Motel, qui sert de menu principal à l'intérieur duquel l'internaute choisit de suivre telle ou telle piste proposée. Régulièrement clignote une icône signalant que vous pouvez désormais accéder à tel ou tel contenus complémentaire. L'intelligence du dispositif conçu par Upian est de n'avoir utilisé quasiment que de réelles images du reportage pour l'habillage graphique. Philippe Brault a donc du réaliser des milliers de photos, aussi bien pour le reportage proprement dit que pour la réalisation du site. .Sur la demo que nous avons vu, Prison Valley ressemble bien à une tentative réussie d'intégrer réellement l'internaute dans une expérience media, tant bien qu'on se demande si au fond ce n'est pas le récit, de 59 minutes, dernière survivance du format télé classique, qui devrait totalement disparaître du web-documentaire de demain..
Le financement de Prison ValleyPrison Valley aura coûté 230 000 euros dont une aide de 90 000 euros du Centre national du cinéma et de l'image animée. Le studio Upian et Arte qui diffuse le film ont mis 70 000 euros chacun. La rémunération des auteurs est de 20 000 euros chacun, payés par Upian (compris dans la somme sus-mentionnée) à laquelle s'ajoute et une aide à l'écriture de 19 500 euros du CNC. Prison Valley qui ne devrait pas générer de recettes lors de sa diffusion (en ligne comme sur Arte) pourrait connaître des déclinaisons à l'international. La vente à des medias étrangers qui complèteraient avec des reportages ou interviews sur la situation pénitentiaire de leur propre pays génèrerait des revenus et sans doute beaucoup de débats...Le web-documentaire selon Upian