
La France est décidément un pays pétri de contradictions. La moindre d'entre elles n'est pas celle qui concerne notre rapport à l'Etat, supposément libéral par l'élection et néanmoins pensé par la majorité catégorielle comme un chevalier blanc dès qu'un problème, dans quelque sphère qu'il se produise, se présente.L'Etat est libéral mais l'Etat est responsable de ce que nous savons. L'Etat est libéral mais doit faire en sorte que le service public soit assuré partout. L'Etat est libéral mais doit garantir que les trains arrivent à l'heure... sur le RER D. La présence présidente de Nicolas Sarkozy accentue évidemment ce phénomène qui n'est nulle part mieux illustré que lorsqu'il s'agit de parler prix du pétrole, fioul et essence dans le moteur. A défaut d'aller chercher la croissance avec les dents, le Président a promis de pisser dans le réservoir s'il le fallait afin que les catégories polluantes soient épargnées et puissent continuer ainsi leurs métiers d'un autre temps comme si de rien n'était.
Interrogé sur RTL, Nicolas Sarkozy a soufflé le chaud et le froid, en déclarant notamment :" Ayons le courage de dire aux Français : ça ne va pas s'arranger!", puis évoquant la possible mise en place d'un mécanisme de compensation visant à plafonner la hausse des prix de l'essence : "Je ne vais pas prendre l'impôt des Français pour subventionner le pétrole. En termes de pouvoir d'achat, on aura pris d'une main ce qu'on aura donné de l'autre.", avant de conclure par la présentation d'une série de mesures qui allait dans l'exact autre sens.
Le Président a discuté de la prime à la cuve de fuel domestique (mesure sociale) mais surtout d'une réaffectation possible d'une partie de la TVA vers les métiers qui en ont le plus besoin. Les ambulanciers et les pêcheurs se sont évidemment mis sur les rangs. On peut supposer que tous les métiers consommateurs d'essence : les livreurs de pizza, taxis, l'adjudant Chanal et d'autres vont venir réclamer leur dû, une forme d'ESSENCE D'ETAT, distribuée, pourquoi pas, par des pompes publiques et qui pratiqueraient un tarif spécial fixé par la collectivité. Tout ceci (ce qui relativise la position du président de la République) est conditionné au ralliement à ces coupe-feu de la majorité européenne.
Autant dire que ce n'est pas gagner, sauf à ce que la présidence française se double d'une prise d'otage permanente des organisations européennes. Autour d'un bien devenu rare mais dont l'économie représentait jusqu'à présent un paradigme capitaliste (on exploite les plus pauvres/riches, on plante notre derrick et on achemine le tout en Europe pour consommer l'énergie des autres), l'Etat français propose une nouvelle fois de revenir au marché administré.
Sarkozy qui parle n'est donc pas Sarkozy qui promet, pas plus que Sarkozy qui tient. Il y a une tel grand écart entre la conception véhiculée par l'idéologie dont il procède et le discours qu'il tient face caméra qu'on voit mal comment le Président et l'Etat qu'il représente pourrait s'en tirer sans se... déchirer les bourses. L'électorat français lui-même souffre d'une schizophrénie galopante qui le pousse à aimer ce qu'il déteste et à détester ce qu'il élit.Qu'il s'agisse de l'interventionnisme de l'Etat, de la question de la dépense publique ou encore de la valeur travail, le village gaulois se caractérise non pas par une pensée originale mais bien par une absence de logique.