
Tous ceux qui ont essayé de trouver un Libé à Epinal ou à Thiers le savent : les quotidiens nationaux parviennent au compte-goutte dans certains coins de province. En réalité la situation est encore plus grave qu'il n'y paraît. Libération vend 46% de ses exemplaires en Ile-de-France et ce chiffre grimpe à 59 % pour le Figaro. La région ne concentre pourtant que 18 % de la population française.
Et la répartition du volume restant confirme que ces journaux n'ont de nationaux que le nom. Le blogueur Erwann Gaucher détaille ces chiffres :"Dans 63 départements, écoule moins de 1 000 exemplaires par jour ! Son record négatif, Libé le décroche dans la Haute-Saône, département de 234 000 habitants dans lequel ne vend que 29 exemplaire par jour". (...)Le Figaro vend moins de 1 000 ex/jour, avec un record pour la Lozère, département certes peu peuplé avec 76 973 habitants, dans lequel Le Figaro ne se vend qu'à 117 exemplaires chaque jour.La situation n'est pas plus reluisante pour le Monde qui ne dépasse pas 1000 exemplaires dans 44 départements; et pire pour la Tribune dont les ventes descendent parfois à moins de 100 exemplaires par jour.
La concurrence de la PQR
Certes, les quotidiens régionaux - eux aussi en perte de vitesse - sont de redoutables concurrents dans les territoires. Des journaux comme Ouest-France (851 367 exemplaires par jour, source OJD) ou Sud-Ouest (343 292, OJD) ont des tirages supérieurs aux nationaux tout en ayant une diffusion nettement plus restreinte (rarement plus de 6 ou 7 départements couverts par un titre).Leur maillage du territoire (plus d'une dizaine d'agences locales pour des quotidiens comme La Montagne ou l'Est Républicain, des dizaines de correspondants locaux qui couvrent jusqu'aux villages les plus reculés) leur offre une puissance incomparable.
Le coût élevé de la diffusion
S'ajoutent à ce phénomène des coûts de diffusion et d'impression très élevés et qui ont plutôt pour conséquence des tirages de plus en plus faibles.L'affaire semble donc mal engagé mais on pourriat penser que le développement des éditions numériques payantes sur tablettes et smartphones pourraient permettre la diffusion à moindre coût des articles au-delà de l'Ile-de-France.
Mais pour cela il faudrait tout de même que les medias produisent un contenu adapté à la population.
L'absence d'ambition éditoriale
Car si les nationaux n'ont pas réussi à s'implanter en région c'est aussi parce qu'après avoir fermé leurs éditions locales (il y eut à une époque pas si lointaine un Libélyon) la plupart ont abandonné leurs bureaux dans les grandes métropoles.Ils ont ainsi réduit leurs nombres de correspondants salariés à plein temps, remplacés par des pigistes. (il y a peu Libé a même fermé son édition numérique à Orléans suscitant la réprobation et même une pétition).
Le manque de pénétration dans les territoires n'est donc pas uniquement lié à une problématique de diffusion mais également à un manque de volonté éditoriale d'aller chercher ces lecteurs, absence d'envie évidemment couplée à une problématique de moyens bien réelle. Toutefois, la plupart des grand quotidiens nationaux ont plus de 100 journalistes dans leur rédaction. Combien d'entre eux habitent et travaillent au-delà du périphérique ?
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida
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