
Je n'ai jamais été vraiment religieux, mais un jour de déperdition spirituelle un peu plus prononcée que d'autres - c'était il y a dix ans -, j'avais découvert une interview du rabbin Gilles Bernheim. Lorsqu'on lui demandait pourquoi le culte israélite était si ritualisé, il répondait en donnant l'exemple de la prière au moment d'un repas solitaire. Pour lui, l'invocation de Dieu avant d'ingérer un aliment permettait de se souvenir que toute nourriture est aussi le fruit du travail d'un humain doté d'esprit. Bref une occasion, comme il en existe tant d'autres, de construire sa relation au monde comme une rencontre permanente de l'altérité.Hier, le mouvement La Paix maintenant, qui milite pour une paix à peu près juste au Proche-Orient, m'a envoyé par mail un lien via lequel il était possible d'écouter une interview de Gilles Bernheim, désormais devenu "Grand-Rabbin". A rebours de ce qui me semble être aujourd'hui une montée mondiale des communautarismes, il proposait à nouveau une parole religieuse animée d'un altruisme peu commun. Notamment dans la deuxième partie de l'entretien. "Si un discours religieux s'adresse à certaines personnes, et qu'il n'est pas audible par d'autres personnes, à ce moment-là nous ne sommes pas dans le lien social, mais dans le particularisme. Ce qui fait la grandeur d'une religion (...) réside dans sa capacité non pas de conviction, mais de donner à penser à ceux qui ne croient pas (...) en cette tradition".
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