
Barack Obama fait l'objet d'une campagne de soutien sans précédent (si ce n'est peut-être celle de JFK évidemment) chez les démocrates. Alors qu'il vient de parader brillamment à Berlin et qu'il s'apprête à boucler un tour d'Europe glorieux et marqué par des discours offensifs, pleins de promesses et globalement brillants, le candidat démocrate a pu, comme ses prédecesseurs, bénéficier d'un soutien vigoureux de la communauté artistique. On ne compte plus les chanteurs, acteurs et autres intellectuels qui soutiennent sa candidature. Par delà la tradition qui valait un ralliement numériquement aussi significatif à un candidat plus pâlot comme John Kerry, le soutien à Obama s'accompagne d'un environnement quasi religieux et mystique (espérance démocratique) que même Bill Clinton n'avait réussi à soulever au sommet de sa popularité.
L'affiche présentée par Alex Ross, le plus grand dessinateur de comics du continent américain en activité, est, à ce titre, une parfaite illustration de ce qui est en train de se passer avec Obama. En représentant le candidat dans une pose super-héroïque, copiée sur un dessin fameux de Superman, le peintre et dessinateur, auteur de BD aussi décisives que Justice, Kingdom Come ou Marvels, contribue à faire d'Obama un homme providentiel paré de vertus hors du commun. La qualité photoréaliste du dessin de Ross fait de son affiche plus qu'une simple illustration de campagne, une image de propagande politique à haute valeur ajoutée. Si le recours à l'imagerie superhéroïque avait déjà été utilisée avant, elle avait toujours été ou plus discrète (on se souvient du dessin de Bush vampire par le même auteur il y a 4 ans) ou plus proche de la caricature que de l'allégorie artistique. Le portrait évoque les tableaux de David pour Napoléon et les grands moments de l'iconographie politique. Il prend évidemment une force supplémentaire dans une Amérique qui n'en finit pas, ces derniers mois, à travers son cinéma de célébrer les super-héros (Wanted, Hulk, The Dark Knight,...)
Sans préjuger de l'impact de ce dessin sur la campagne en cours, on voit bien que c'est au prix de ces associations d'idées et de ces coups marketing qui titillent l'inconscient national qu'Obama compte réunir sur son nom la politique de raison (pratique et programmatique) et la politique d'adoration, les deux éléments constitutifs d'un vote gagnant. L'avenir dira si cette mystique sexy et supradivine peut conquérir aussi les territoires de peu de foi.