
« Nafissatou Diallo est une MEN-TEUSE ». Voilà ce qu'on pouvait-on entendre en début de la matinée sur BFM TV (et c'est probablement encore le cas sur toutes les chaînes d'infos continues).Ceux qui comme moi ont un cerveau qui tirent des conclusions hâtives au réveil en auront déduit que la femme de chambre du Sofitel avait inventé l'histoire de son viol. Que depuis le 14 mai, elle nous menait en bateau, qu'on allait enfin découvrir la diabolique manipulation.
Quarante secondes suffisent à comprendre qu'il n'en est rien : tout ce qu'on sait c'est que Nafissatou Diallo a menti sur son passé aux enquêteurs du procureur de New-York. Un passé certes pas glorieux, peut-être même répréhensible. Dont elle évite de se vanter. Surtout devant les policiers. Sérieux ?
Figurez-vous que Nafissatou Diallo n'a pas jugé utile de préciser de son propre chef qu'elle avait des amis criminels, dont certains en prison pour trafic de drogue, ni de détailler sa participation à des activités illégales. Cela ne fait pas mentir - en l'état - l'essentiel de ses accusations, cela montre que Nafissatou Diallo n'était pas une sainte. Mais elle n'a pas besoin de l'être.
Pas plus que DSK n'a besoin d'être un psychopathe irrécupérable. Il suffit qu'un homme se soit laissé emporté par son désir envers une femme qui ne voulait pas coucher avec lui pour que le viol soit effectif.Une femme battue comme plâtre par son mari n'ira sans doute pas préciser au commissariat qu'elle va parfois chercher du réconfort dans d'autres bras. Mérite-t-elle pour autant son sort ? Si vous portez plainte contre votre patron qui vous a insulté, vous n'irez pas ajouter de votre propre chef, qu'il vous est arrivé une fois ou deux de ne pas pointer au bureau à la suite d'une soirée endiablée.
Récit pour MTV
Le problème est qu'il fallait que Nafissatou Diallo soit une sainte pour les besoins du récit médiatique.Les medias sont aussi paresseux que les scénaristes de clips destinés à MTV : dans leurs histoires les filles sont des nonnes ou des putes - parfois ce sont des nonnes qui deviennent des putes.
A l'instar d'une Britney Spears, qui après avoir passé deux ans en socquette blanches à clamer qu'elle préserverait son hymen jusqu'au mariage, s'est mis au cuir et aux poses ultra-sexuées, Nafissatou Diallo est passée du statut de sainte à celui de traînée. Puisqu'elle ment parfois, elle ment toujours, puisqu'elle n'est pas immaculée elle est souillée. Pire : puisqu'elle n'est pas immaculée souillons-la.

Car, comme le remarque perfidement ce tweet des chroniqueurs medias de Libération, sans doute mérite-t-elle quelque part ce qu'elle a subi. Ce qu'on ne dit jamais explicitement c'est que pour qu'une femme violée puisse être reconnue comme victime, il faut qu'elle soit une dévote qui baisse les yeux devant les hommes et portent des gilets ras-le-cou. On ne viole pas une pute pas plus qu'on ne viole sa femme (en droit oui, dans les consciences....)Tant que Nafissatou Diallo était une grande croyante, qui après avoir foulé pieds nus le sol aride et ingrat de son pays natal, était courageusement venue faire le ménage des grands de ce monde, tout allait bien. Tant qu'elle pleurait tous les jours et trouvait dans la foi la force de transcender la tristesse de son destin, on l'aimait bien. Même le boulot d'investigation de 7 journalistes du New-York Times n'avait pas réussi à faire changer d'un iota ce récit. Peut-être n'il y a-t-il pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir.
Je ne sais pas plus que vous si Nafissatou Diallo a été réellement violée par DSK. Mais qu'une femme de chambre noire, immigrée, violée aux Etats-Unis par l'un des hommes les plus influents du monde estime non nécessaire de préciser les méfaits qu'elle commet ou a pu commettre par ailleurs ne me surprend pas. Que ses amis fassent de même est compréhensible.Que ses avocats aient tout intérêt à faire perdurer le portrait qu'on brosse de leur cliente est légitime - leur objectif n'est pas la vérité mais la victoire.Ceux qui ne font partie d'aucune de ces deux catégories ont le droit d'éviter ce manichéisme. Et de ne pas passer d'une hystérie à l'autre.
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Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida
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