La dernière fois que Michel Rocard a vaguement caressé l'espoir d'obtenir l'investiture suprême c'était... en mars dernier. A l'époque, Ségolène Royal décroche dans les enquêtes d'opinion, ses tentatives de se donner une stature internationale sont peu lisibles et quelques bourdes de langage lui valent des procès en incompétence et approximation. Bref, rien ne va plus dans la maison PS.
Elle se tourne alors vers le vieux sage socialo de la politique qu'est devenu Michel Rocard. Plutôt que de se gratter la barbichette en citant Lao-Tseu, l'ex star des seventies lui propose ni plus ni moins que de se retirer en sa faveur. On croît rêver : 77 balais au compteur, Michel Rocard pense que même lui a plus de chances que Royal de battre
Nicolas Sarkozy. Quand il revient dessus aujourd'hui il rappelle qu'à l'époque il était toujours "parmi les cinq ou six premiers socialistes dans les sondages". Toute la vie politique de Rocard est résumée dans cette assertion : il fut en effet toujours à deux doigts d'être le plus populaire, toujours le challenger favori à quelques encablures de l'élection, mais au final jamais candidat et encore moins élu. Un raté au sens où emile cioran l'entendait, un type qui promet beaucoup mais déçoit toujours.
A la fin des années 1970, Michel Rocard atteint des sommets de popularité, on parle d'un "effet Rocard" du nom d'un ouvrage journalistique qui y voit un phénomène de fond et non une tendance éphémère. Rocard tente de provoquer le destin et annonce en octobre 1980 qu'il sera candidat si François Mitterrand ne l'est pas. La suite on la connaît. En 1988, les sondages testent à nouveau Michel Rocard comme candidat socialiste face à la star du moment Raymond Barre ( rétrospectivement c'est rigolo les prédictions sondagières).
En 1990, alors Premier ministre il a cette phrase : « notre démocratie devient, de plus en plus, un système dans lequel le peuple existe et ne laisse à personne que lui-même le soin de l'exprimer ». Rocard voue-t-il un culte à la démocratie d'opinion et à son baromètre sondagier ? Les socialistes n'ont pas fait autre chose en choisissant Ségolène Royal au détriment des moins populaires Dominique Strauss-Kahn et autres Laurent Fabius. Au fond, Ségolène Royal a vécu une très rocardienne défaite à laquelle Michel Rocard n'eut, lui, jamais le droit.
(Le titre de la notule fait référence à un numéro des Inrocks en 1995 intitulé "Rocard ne sera pas président : histoire d'un rendez-vous manqué. L'hebdomadaire réussit alors un de ces entretiens définitifs dont il avait encore le secret)
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida