Mein Kampf, le retour Bientôt libre de droit

11/11/2011 - 04h22
  • Partager sur :
  • 1
Avec son passage dans le domaine public prévu fin 2015, Mein Kampf se paie un retour sous les spotlights. De quoi embarrasser spécialistes et chercheurs qui planchent sur un possible encadrement historique et pédagogique de cet ouvrage sulfureux.
L'auteur
Stéphanie Plasse et Laura Guien

    Mein Kampf, le best-seller d'Adolf Hitler tombera le 31 décembre 2015 dans le domaine public et sera librement publiable. L'annonce tient plus de l'étape symbolique puisque qu'il est aussi facile de trouver l'ouvrage en trois clics sur internet qu'en version audio mp3 ou encore en tête des gondoles des librairies en Turquie ou dans certains pays du Maghreb... un joyeux bordel qui fait écho à une situation légale un peu compliquée.

     

     

    Cachez cet ouvrage que je ne saurais voir

     

    En effet, le Land de Bavière régule et contrôle les droits d'auteurs. Enfin, il essaye... "Ce qui est troublant c'est qu'il y a des disparités de traitements entre les pays. Il y a un statut par pays ou par nation. Il n'y a aucune cohésion", explique Philippe Coen, juriste et fondateur de l'initiative de la prévention de la haine. Pour exemple, en France, la vente de ce livre a été autorisée par la Cour d'appel de Paris en 1979, compte-tenu de son intérêt historique et documentaire, et assortie d'une introduction historique de huit pages au début de l'ouvrage. En Allemagne, le livre est interdit car il tombe sous le coup de la loi contre la propagande nazie. A cela s'ajoute, beaucoup de versions illicites, tronquées, modifiées, édulcorées... Pour Pierre André Taguieff, sociologue et historien auteur de "La question Mein Kampf", la situation des droits n'est pas prête d'être éclaircie : "On ne sait rien de précis. Le land de Bavière est gêné, les Nouvelles Editions Latines qui éditent la version française sont gênées. Cela représente en effet des sommes et un héritage embarrassant."

     

    Il est vrai que Mein Kampf crée un certain malaise. Pour certains, "il brûle même les doigts". D'après Antoine Vitkine, journaliste et auteur de , "en Allemagne, les chercheurs ont du mal avec ce livre, c'est comme si l'auteur, Hitler, survivait à travers les mots". Si l'ouvrage fait peur, c'est parce que ce texte pourrait exercer une fascination et  de nouveau mobiliser les masses, en clair ressusciter la pensée nazie. Dans un contexte de tabou aussi fort, difficile de regarder l'ouvrage en face. "On fait comme si ce texte n'avait pas d'importance. Cette mauvaise politique de l'indifférence ou du silence a été ridiculisée par la façon dont internet s'est emparé du texte", observe Pierre André Taguieff.  Autre excuse souvent évoquée pour détourner les yeux: le profil psychologique de son auteur. "Ce livre est tellement violent qu'on a cru qu'Hitler était fou et qu'on ne l'a pas pris au sérieux. Après, il y a aussi une dimension psychologique, comment peut-on croire à quelque chose d'aussi effrayant ?", souligne Antoine Vitkine. Le passage dans le domaine public en 2016 aura au moins une vertu : celle de forcer intellectuels et grand public à appréhender le texte comme un véritable document historique et non pas de le réduire aux élucubrations d'un illuminé ou au symbole de la propagande nazie.

     

     

     

    Mein Kampf pour les nuls

     

    En prévision de cette situation exceptionnelle, Philippe Coen a décidé de mettre en place des outils de prévention : un avertissement historique optionnel mis à la disposition des éditeurs papier et internet et une signalétique avec des logos positifs et négatifs.  "En gros, prendre pour exemple le -12 ans pour les films destinés au contrôle parental. Ou encore un logo  pouvant comporter les messages suivants : 'contient de la haine', 'toxique'... On pourrait l'appliquer à Mein Kampf mais aussi aux autres  contenus "haineux". Des outils qui, s'ils ont le mérite d'être pensés, soulèvent tout de même quelques interrogations, notamment chez Sophie Jehel, experte des questions relatives aux jeunes et aux médias et chercheuse en sciences de l'information et de la communication. "Je redouterai une signalétique positive, disant entre guillemets qu'une version est une 'bonne version' parce qu'elle est assortie de commentaires historiques. Cela risquerait de banaliser l'ouvrage. Je pense d'autre part qu'il est très important de respecter les âges. L'effet de certains propos peuvent participer d'une certaine désensibilisation. Pour une approche pédagogique, il est nécessaire de trouver des méthodes".

     

    Des méthodes, c'est ce que tentent de définir des spécialistes comme Pierre André Taguieff qui prône l'idée de deux éditions différentes: l'une érudite, l'autre pédagogique. "Je serai personnellement pour une édition critique savante. Le problème c'est que réaliser l'édition critique d'un ouvrage de 700 pages c'est vite arriver à un volume de 1500 pages. Ce serait donc une édition qui s'adresserait à un public assez savant. En parallèle pour le grand public, il faut faire un véritable travail pédagogique sur lequel s'interroger. On pourrait penser à republier le texte, un petit livre de 150-200 pages est mieux qu'un avertissement moralisateur". Un panel de solutions très variées prouvant que les spécialistes marchent sur des oeufs car Mein Kampf reste un ouvrage à manier avec précaution. "Il faut prévoir des effets pervers à force de vouloir prévenir on risque de nourrir la curiosité, et de faire en réalité de la propagande. Tout ce qui est interdit est séduisant. il s'agit d'un véritable casse-tête", avertit Pierre André Taguieff.

     

     

     

    Onde de choc mondiale

     

    Un imbroglio qui se perçoit en Europe comme au delà de ses frontières. Car l'ouvrage, n'a pas eu à attendre de passer dans le domaine public pour faire son grand retour.  Ainsi en Turquie, en Malaisie, en Inde, Mein Kampf est devenu un ouvrage-référence pour certaines sensibilités. "En Turquie, Mein Kampf incarne l'hostilité des Turcs envers l'Europe. Le but inconscient étant d'acheter un livre que personne en Europe ne lit. Pour des États jeunes comme la Turquie et l'Inde où la question nationaliste est forte, Mein Kampf propose une réponse extrême. Il sert également aux anti-Israéliens. il apporte une théorie qui consolide leur haine", observe Antoine Vitkine qui ajoute que ces récupérations ne sont pas forcément intellectualisées. Un livre symbolique, qui, comme le fait remarquer Pierre André Taguieff "fonctionne de façon magique dans tous les pays. C'est un peu comme si ses mots pouvaient être vidés et remplit de tout un imaginaire". Même si le livre ne sera libre de droit que fin 2015, il est depuis longtemps libre d'interprétation.

    Par Stéphanie Plasse et Laura Guien
    COMMENTAIRES
    Connectez-vous en cliquant ici pour laisser un commentaire en utilisant votre pseudo. Si vous ne vous loguez pas, votre commentaire n'apparaîtra qu'en ANONYME.
    Toujours les mêmes fautes de français, comme la confusion systématique entre l'adjectif "prêt ou prête à" et l'adverbe de lieu "près de " !
    • 0
    • 0
    Anonyme | le 13/02/2013 à 00h42 | Signaler un abus
    Votre réponse...
    Toutes les rubriques
    • Cinéma
    • /
    • Société
    • /
    • Livres
    • /
    • Télé
    • /
    • Musique
    • /
    • Expos
    • /
    • Photos
    • /
    • Forum
    articles les + lus
    • Une fillette de 8 ans reprend "Bang Bang" de Nancy Sinatra comme une grande
    • Les morts de Game of Thrones illustrées
    • Game Of Thrones : Sigur Ros reprend "The Rains of Castamere"
    • Truth Facts : la banalité du réel en 10 infographies inventives
    • Coachella 2014 : le best-of vidéo en 5 beaux duos
    • Déguisé en journaliste, Drake interview des passants à son propre sujet
    • Photos : les pionnières du tatouage
    Les Derniers Tweets de Fluctuat