
Après avoir posté un message critiquant la manifestation qui a réuni 50 000 personnes à Moscou, samedi, le président russe a vu sa page Facebook inondée de milliers de commentaires négatifs.
L'image d'une Russie tenue d'une main de fer par le duo Medvedev-Poutine, qui comptait s'échanger tranquillement les postes de Président et de Premier ministre en mars prochain, a volé en éclats ces derniers jours. Point de départ de ce sursaut, les législatives du 4 décembre dernier qui ont vu le parti Russie Unie perdre 15 % des voix et 77 sièges au Parlement par rapport au scrutin de 2007.
Ce revers inattendu est en prime entaché de très forts soupçons de trucage du vote. 99% des voix pour Russie Unie en Tchétchénie, plus de 90% dans les casernes, prisons et hôpitaux psychiatrique, des régions où le total des votes atteint 146,37 %... pour les ONG russes, seul un bourrage des urnes peut expliquer de tels chiffres. Une situation qui a abouti à des manifestations comme le pays n'en avait plus connu depuis la chute de l'URSS.
Samedi, suite à la publication des résultats officiels de l'élection, ils étaient donc plus de 50 000 à arpenter les rues de la capitale pour réclamer de nouvelles élections, plus de liberté politique et exprimer leur colère vis-à-vis de Vladimir Poutine, l'actuel Premier Ministre qui compte bien récupérer le poste de Président qu'il avait dû abandonner en 2008 après deux mandats consécutifs.
Manifestation anti-Poutine, samedi à Moscou (crédit : GREENFIELD/SIPA)
Medvedev bashing
Dimitri Medvedev a donc réagit en annonçant dimanche via sa page Facebook le lancement d'une enquête sur les éventuelles fraudes commises au cours du scrutin. Mais il n'a pu s'empêcher de critiquer au passage les manifestants :
"Les citoyens russes ont le droit de s'exprimer et de se rassembler librement. Les gens ont le droit d'exprimer leur opinion comme ils l'ont fait samedi 10 décembre. Je ne suis pas d'accord avec tous les slogans et les déclarations faites lors des rassemblements. Toutefois, j'ai chargé les autorités de lancer une enquête les fraudes constatées dans les bureaux de vote".
Loin d'apaiser les mécontents, le message de Medvedev a été pris d'assaut par des opposants qui l'ont bombardé de commentaires critiques. Selon le Telegraph, on dénombrait déjà plus de 3 500 commentaires, très majoritairement négatifs, au bout de deux heures. Ce lundi, il y en avait plus de 12 000.

"Partez maintenant, honte du pays", "Votre temps est venu, tout a été décidé hier, la démocratie viendra sans vous", "Dimitri Anatolievich, est-ce que vous plaisantez ? Ce n'était pas des élections mais du bourrage d'urnes", "Ça s'appelle être déconnecté de la réalité, vous devriez voir un psychiatre", peut-on lire entre autres parmi les commentaires, rapportent le Telegraph ou le Guardian.
Ce défoulement sur la page Facebbok de Medvedev a beau être anecdotique, il témoigne que le tabou de la protestation a sauté en Russie, où le pouvoir a longtemps fait illusion en finançant des réseaux de jeunes militants comme le Nashi, créé en 2004 par crainte d'une propagation de la révolution orange qui avait balayé l'Ukraine et la Géorgie.
Les Nashis ont été appelés à la rescousse pour encadrer l'élection puis organiser des contre-manifestations en soutien au pouvoir en place, mais le reste de la jeunesse russe semble avoir mis sa peur de côté et décidé de prendre son destin en main. Que ce soit pour s'exprimer ouvertement sur Facebook, sans pseudonyme, ou arpenter les rues malgré le froid de saison qui s'est abattu sur le pays.
Bien que sans précédent depuis l'accession au pouvoir de Poutine en 2000, la mobilisation de ce week-end est encore trop faible pour déstabiliser le régime. Le prochain rendez-vous du 24 décembre nous dira si, sous l'impulsion des médias indépendants et des réseaux sociaux, le mouvement peut prendre une ampleur plus conséquente.
Par Edouard Orozco Follow @edouard_orozco