On reviendra bientôt sur l'inflation de livres attendue durant la rentrée littéraire mais on peut déjà revenir sur une autre période faste pour les éditeurs français cette année : la campagne présidentielle. Selon son éditeur XO, le Témoignage de Nicolas Sarkozy se serait arraché à plus de 300 000 exemplaires. Un des autres grands succès fut l'essai consacré à Ségolène Royal par Ariane Chemin et Raphaelle Bacqué, la Femme fatale, 220 000 livres vendus. Citons également la bande dessinée La face karchée de Sarkozy de Riss et Philippe Cohen et Pour un pacte écologique de Nicolas Hulot. Bien sur, ces succès sont la partie émergée d'une production pléthorique dont 90 % est passée au pilon.
L'autre aspect notable est que la plupart des ouvrages ont une durée de vie de plus en plus courte, étant plus liés à une temporalité événementielle et journalistique qu'à celle, plus distanciée ordinairement, de l'analyse livresque. Qui songerait à acheter aujourd"hui le Qui connait Madame Royal ? d'Eric Besson[/people et autres livres kleenex qu'on trouve déjà dans les bacs d'occasion au tiers de leur prix d'origine ? Les long-sellers, ceux dont la courbe des ventes ne redescend pas au bout de quatre semaines mais plutôt de 8 mois voire deux ans sont des livres plus décalés : ainsi Sexus Politicus continue de caracoler dans les dix premières ventes d'essais politiques et La tragédie du Président de [people]Franz Olivier Giesbert est même en tête avec déjà 317 000 exemplaires vendus. Mais la durée de vie d'un livre étant de plus en plus courte - ce qui vaut bien sur aussi pour le rayon littérature- on peut parier sur une plus grande quantité d'ouvrages encore lors des prochains rendez-vous électoraux : puisque le succès de cette campagne a surpris il est à craindre que les éditeurs préfèrent ouvrir grand les filets en arrosant le marché plutôt que de chercher une approche plus fine.
(Merci L'institut GFK et merci Le Monde)
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida