Libé, Bayrou et les bobos

05/03/2007 - 11h58
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Libé, Bayrou et les bobos
L'auteur
De Almeida Daniel
Daniel De Almeida

 

Ca va mal à Libération. Alors qu'il croit faire peuple en lachant ses réflexes bourgeois, le quotidien reçoit une volée de bois vert. La couverture "pourquoi les bobos votent Bayrou" lui a valu une avalanche de courriers vengeurs. Outre les lourds problèmes financiers du journal c'est désormais surtout son positionnement qui inquiète. Le quotidien qui avait pour ambition d'être populaire sans jamais y parvenir est devenu petit à petit celui d'une certaine gauche éduquée (et vaguement libertaire) des classes moyennes, abusivement étiquetée "bobo" (habiter dans le 11 ème et aller en vélo au bureau suffit à être catalogué comme tel). C'est ce même vocable de bobo qu'il utilise aujourd'hui pour moquer un peu l'électorat Bayrouiste de gauche et ça lui retombe sur le coin du bec.

 

Ma théorie personnelle ( qui n'a rien d'extraordinaire) est que Libération suit la progression du parti socialiste depuis ses origines : virulent et révolutionnaire dans l'opposition des années 70 puis gauche libérale dans la foulée mitterrandienne, paumé et en perte de vitesse à la fin des années 90... Quand Ségolène Royal change la donne à gauche, en promouvant le participatif et la nécessité de renouer avec les classes populaires, Libération veut refondre son site, ouvrir ses colonnes aux lecteurs via un "Contre-libé" et se demande, comme les locataires de la rue de Solferino, comment continuer à être de gauche. Ces dernières semaines, le journal a fait dans le militantisme "pro-Royal" assez lourdaud - aussi peu convaincant que convaincu peut-être.

Au moment où il se veut moins gauche bourgeoise, le quotidien prend dans la gueule la droitisation de son lectorat de cadres plus ou moins aisés, tentés par le joker Bayrou. Car dans cette histoire, s'il faut reconnaître la maladresse d'un quotidien, il reste indéniable que la montée de Bayrou à gauche est liée aussi à la déshérence d'un pacte social qui ne lie plus entre elles des classes sociales en voie de cloisonnement. Que moins en moins de gens de gauche ont envie de financer une solidarité sociale au moment où ils ont l'impression que l'Etat les a lachés. Choisir François Bayrou et sa rigueur budgétaire (dont les plus fragiles feront les frais) est toujours moins cave que d'être sarkozyste de gauche quand on n'ose pas être de droite. Les lecteurs de Libé sont donc un peu de mauvaise foi comme le journal qu'ils adorent détester.

 

 

 

 

 

Par Daniel De Almeida

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