
Omniprésente dans leurs moindres paroles, faits et gestes, la communication est devenue une obsession maladive pour les femmes et les hommes politiques. Déplacement officiel, lieu de vacances, prise de position ou couleur de la cravate, plus rien ne semble laissé au hasard lorsqu'il s'agit de faire passer un message aux électeurs.
Cette dictature de la com' amène parfois les candidats, potentiels ou officiels, à s'exprimer sur des sujets qu'ils ne maitrisent pas, à se retrouver dans des situations qu'ils ne contrôlent pas, pour séduire les jeunes, passer pour monsieur ou madame tout le monde auprès du peuple, ou un expert en cinéma. Ce qui les pousse inévitablement à la faute.
Alors que les présidentielles 2012 approchent à grands pas, et que la com' politique va envahir les médias comme à chaque grande échéance électorale, Fluctuat vous propose un florilège des plantages de com' les plus mémorables.
François Hollande au Printemps de Bourges
Le but de l'opération : "Non seulement je fais un régime et je me teins les cheveux, mais je suis aussi un mélomane à la page qui sait parler à l'électorat jeune".
Le résultat : François Hollande s'est pris les pieds dans le tapis de sa com en déclarant son amour pour la chanteuse Zaz : "Comme on dit quand on est jeune, j'ai même le CD". Bon, déjà un vrai jeune aurait dit : "je l'ai téléchargé". Ensuite, Zaz, voilà quoi. Enfin, personne n'a été dupe de ce lancement de campagne déguisé pour les primaires. Surtout que les caméras du Petit Journal l'ont pris en train de béqueter pendant le concert de la dite Zaz, puis partir au bout de deux chansons de Cali (un autre de ses chanteurs préférés)...
Martine Aubry big up Kool Shen
Le but de l'opération : "Pendant que d'autres se réfèrent à ces ringards de Jaurès ou Blum, moi je montre que je suis dans le coup en citant Kool Shen dans un discours".
Le résultat : immanquablement questionnée par les journalistes sur sa curieuse citation du rappeur vétéran ("Ces vies qui te rappellent que chaque jour, c'est les play off"), Martine Aubry a eu bien du mal à justifier son choix et à nommer sa chanson préférée de la moitié de NTM. Pire, la boss du PS n'a même pas réussi à répéter ce qu'un de ses collaborateurs a fini par lui souffler, transformant "Laisse pas trainer ton fils" en "Laisse pas crier ton fils". Raté.
Balladur en stop
Le but de l'opération : "malgré mes airs d'aristocrate ottoman austère, je reste proche du peuple. La preuve, je fais même du stop".
Le résultat : si ce type d'opération de com' était moins courante en 1995, les médias n'ont pas été trop dupes de la belle histoire balladurienne (son hélicoptère se serait posé en pleine campagne en raison du brouillard, l'obligeant à trouver un autre moyen de locomotion)."Le hasard n'a pas mis n'importe quelle voiture sur la route d'Edouard Balladur", note le commentaire du reportage de France 3 diffusé à l'époque. "Mais une Mercedes blanche immatriculée PM, comme Premier Ministre".
Libération apprenait ensuite que la conductrice en question n'était autre qu'une cousine du député RPR de l'Essonne Georges Tron (aujourd'hui membre du gouvernement Fillon). Et l'équipe de Jacques Chirac de dénoncer le "coup de communication" de Balladur, futur perdant du duel à droite au premier tour de la présidentielle.
DSK et l'astuce du costard
Le but de l'opération : "dans un documentaire consacré à ma pomme, je dévoile ma technique secrète pour avoir un costume impeccable sans fer à repasser, comme les vrais gens qui n'ont pas les moyens d'aller au pressing".
Le résultat : Faire couler de l'eau chaude pendant une demi-heure pour défroisser un costard, ce n'est pas vraiment le meilleur moyen de préparer les négociations entre le PS et Europe-Ecologie / Les Verts quand on a des ambitions présidentielles. Ce que n'a pas manqué de rappeler le blog renovitude, tenu par trois militants socialistes de Seine-Saint-Denis, qui ont estimé que l'astuce de Dominique Strauss-Kahn représentait "80 litres d'eau et une consommation énergétique d'environ 5,4 kwh". Sans parler de sa diatribe sur les grecs fraudeurs d'impôts qui a soulevé une polémique internationale...
DSK : Zidane il a marqué
Le but de l'opération : "c'est pas parce que j'ai un emploi du temps de dingue que je ne prends pas le temps d'acheter un cd pour mon petit-fils. Obsédé sexuel, oui, mauvais papy, non".
Le résultat : Alors qu'on peut s'interroger sur l'intérêt médiatique de se faire filmer en train d'acheter le cd "Zidane il a marqué", garder son micro ouvert pendant que son conseiller (Ramzi Khiroun en l'occurrence) vous dicte la séquence est clairement pathétique. Surtout, pourquoi mêler ce pauvre John Coltrane a tout ça ?
Sarkozy, monsieur cinéma
Le but de l'opération : "{On m'accuse d'être bling-bling, de faire mon jogging avec un t-shirt NYPD et des Ray-Ban et de n'avoir aucune culture générale, alors qu'en vrai je connais tous les classiques du grand cinéma sur le bout des doigts !}"
Le résultat : Etaler sa culture 7e art, visiblement apprise avec des fiches concoctées par Carla Bruni, pour impressionner un étudiant en cinéma et les Français, c'est bien. Confondre Voyage à Rome, nanar de Gérard Jugnot, avec Voyage en Italie de Roberto Rossellini, ou esquiver le sujet du cinéma russe en bifurquant sur le cinéma danois pour finalement citer un réalisateur... suédois (Ingmar Bergman), c'est mal.