
On parle d'indignés espagnols, de campement à Sol, de gens qui en ont marre du chômage et de la précarité et de ne pas être représentés par le bipartisme, mais on oublie que cette situation-là se vit par des millions de gens. Des gens qu'on chasse de chez eux à cause d'impayés, des gens qui triment 40h par semaine payées 800 euros par mois, des gens qui voient leur boulot disparaître du jour au lendemain après des décennies de bons et loyaux services. Et dans ce cas-là, France et Espagne ont un point commun, les délocalisations. Le Pays basque et la Catalogne, industrialisés depuis le début du XXe siècle, ont vécu leur euphorie avec l'entrée de l'Espagne dans la CEE, qui ouvrit le marché aux délocalisations au sein même de la Communauté, avec de grandes entreprises internationales venant profiter des bas tarifs du sud des Pyrénées. La belle époque, c'est aujourd'hui fini et comme tous les pays d'Europe occidentale, l'Espagne perd petit à petit son industrie.Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que ça rejoint le mécontentement global. Le gouvernement Zapatero a récemment décidé qu'au cas où une entreprise ne ferait plus assez de bénéfices, elle pourrait plus facilement faire un ERE, un renvoi collectif, sans avoir à donner trop de justificatifs. C'est ce qui a sans doute décidé l'entreprise ABB Galindo à partir d'Espagne pour s'installer en Turquie, malgré 30 millions d'euros de bénéfices sur les trois dernières années. Les employés n'auront qu'à s'y faire, et toucheront au minimum 20 jours d'indemnités par année travaillée, autant dire nada. Ce qui les a poussé à faire cette vidéo d'eux "en pelotas" (à poil) parce que c'est ce qu'on dit en Espagne : quand tu te retrouves sans ressources, sans aide particulière ou dans une situation désespérée, tu rejoins l'état où maman t'a conçu, à poil.
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