
Voilà de quoi causer des cheveux blancs à un paquet d'instituteurs, qui croyaient tenir leur bête noire. On a beaucoup entendu dire que les réseaux sociaux étaient une jungle pour les adolescents qui s'y aventuraient, et que ce genre d'environnement pouvait devenir rapidement discriminant, car l'insulte et la bravade pouvaient y être pratiqués le plus facilement du monde. Il semblerait que ce postulat soit faux.
Le Pew Research Center vient de publier une étude, basée sur le ressenti même d'un large échantillon de 799 adolescents américains, agés de 12 à 17 ans (attention, les enfants, il faut avoir 13 ans minimum pour s'inscrire à Facebook). Les questions, basées évidemment sur l'usage des réseaux sociaux et des interactions sociales que ces jeunes pouvaient avoir en les utilisant, ont révélé plusieurs point intéressants.
Tout d'abord, 69% des sondés trouvent que les gens sont sympa sur les réseaux sociaux, bien que 88% aient déjà été témoins de méchanceté humaine ou de cruauté. Un ado sur cinq se serait fait chahuter dans sa vie, mais la plus grosse source d'ennuis en la matière viendrait des rencontres "en face à face" (12%), bien au dessus des brimades 2.0 (7%).
Dans une période de la vie où il y a à peu près 100% de chances de croiser au moins un congénère cruel toutes les 30 secondes IRL, les ados questionnés dans l'étude semblent moins tourmentés sur le Net : 12% d'entre eux avouent même ne jamais avoir vu une seule personne se comporter méchamment sur leurs plate-formes habituelles.
Faut-il pour autant changer d'avis et enfermer vos ados, en les mettant devant leur ordinateur, ou les interactions sociales sont a priori plus policées ? On serait tentés de dire oui : l'écran d'ordinateur travaille les connexions nerveuses, cela force à bien taper au clavier, l'accès à la culture y est rapide, pas de risques d'entorses au foot ou de crottes de chien au fond du cartable. Vivez heureux, vivez cachés, maintenant qu'il est possible de "poker" peinard avec un bon chocolat chaud.

Ceci dit, la ségrégation humaine qui s'opère n'est-elle pas un fondement de l'éducation de la vie ? C'est vrai, l'énergie des taquets qu'on se prend à 13 ans est généralement redistribuée sainement à se venger sur le long terme, en faisant des études et en dominant le monde, par exemple. Mark Zuckerberg a pu être bouc émissaire de son collège, lui qui n'arrive pas à faire correctement de high fives. Et en l'occurrence, les méchants qui ont dû le faire souffrir sont probablement tous abonnés à Facebook aujourd'hui, et il peut donc connaître leur vie intime dans les moindres détails. On peut même imaginer que sa propension à développer un système qui encourage les échanges uniquement positifs entre ceux qui y participent (on veut un "dislike", on te l'a déjà dit, Mark) vient de cette période.
Au fond, mis à part les quelques exemples médiatisés de lynchage en règle sur Facebook ou Twitter, on peut imaginer que la méchanceté en ligne n'est pas si développée que ça car elle n'apporte rien de bien gratifiant pour celui qui la provoque. Un ":'(" ne vaut pas de bonnes grosses larmes bien chaudes, évidemment. Et surtout, l'acuité humaine pour déceler la nature d'un discours est évidemment bien plus adaptée à détecter une intention en face à face que sur le fil de discussion de la photo d'un copain de bahut, ce qui rend cette étude un peu bancale malgré les efforts développés pour la réaliser. Internet, un monde de bisounours ? Oui, tant qu'on ne cherche pas à fouiller leurs entrailles...
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Par Mathias RiquierFollow @PencilKz